Sur l’utilisation abusive (ou non) du droit de retrait à la Sncf

Des dizaines de milliers d’usagers de la Sncf empruntant les lignes de Saint-Lazare (et plus particulièrement la ligne L) viennent d’être durement sanctionnés par les cheminots exerçant leur « droit de retrait ». En effet, à la suite d’une agression contre un agent Sncf en gare de Saint-Nom-la- Bretèche, mercredi 3 avril 2013, aucun train ne circulait dans l’après-midi sur le réseau Paris – St-Lazare. Le trafic a repris lentement vers 19h00 pour redevenir normal vers 22h30.

Les faits

Selon une source policière, trois mineurs ont traversé la voie en gare de Saint-Nom-la-Bretèche vers 14h00. Le conducteur d’un train qui attendait le feu vert pour repartir a sermonné les jeunes avant de descendre sur les voies, une bagarre a alors éclaté. Le conducteur a été légèrement blessé, « il a pris des coups et présente des traces de strangulation». Les trois mineurs, qui ont lancé plusieurs pierres sur le train, ont été rapidement interpellés.

Les suites

Les suites de cette agression ne se sont pas fait attendre. Les conducteurs, informés de l’agression de leur collègue, ont cessé le travail en invoquant l’application du « droit de retrait », le trafic ferroviaire était alors quasiment interrompu mercredi vers 16h00 au départ et à l’arrivée de la gare Saint-Lazare à Paris. La Sncf a rapidement alerté les usagers avec une annonce classique : « nous invitons nos clients à différer leurs déplacements s’ils le peuvent ou à se reporter sur d’autres moyens de transport ».

Des situations qui se répètent

Les usagers de la Sncf connaissent régulièrement de telles situations, hautement dommageable. Encore celle du mercredi 3 avril 2013 était-elle d’une intensité relativement faible, par sa durée et par son ampleur. L’auteur de cet article a pu prendre un train pour Paris, celui de 18h30 avec 20 minutes de retard, et au
retour, le train affiché à 20h28 à Saint-Lazare, est parti avec un quart d’heure de retard. En plus à l’aller le conducteur a eu la délicatesse de souhaiter aux voyageurs « bon courage ».Il y a eu dans un passé récent des perturbations beaucoup plus graves allant jusqu’à des paralysies. Ainsi, en janvier 2009, à la suite d’une agression, les voyageurs s’étaient trouvés face à une grève spontanée des conducteurs de Saint-Lazare. Cette grève avait conduit la Sncf, « par mesure de sécurité » à fermer totalement la gare à 10h00 du matin pour ne la ré-ouvrir que le lendemain.
On a estimé à l’époque que 450 000 voyageurs transitant par Saint-Lazare avaient subi une épouvantable « galère » ce qui avait d’ailleurs provoqué des réactions de colère.

(*)

La notion de droit de retrait

Le droit du travail permet à tout travailleur de se « retirer d’une situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ». Il s’agit d’un droit individuel, mais qui peut être exercé collectivement.

Contrairement au droit de grève, le droit de retrait n’implique aucune retenue de salaire, ni sanction, ni limitation de durée, ni d’autre préavis qu’oral. La seule limite encadrant le droit de retrait est qu’il ne doit pas s’exercer de façon abusive.

Les éléments du débat

On voit que le problème a tendance à dépasser l’entreprise Sncf et les organisations syndicales et qu’il s’inscrit dans l’évolution d’une société, la nôtre, minée par l’insécurité et qui réagit de plus en plus mal à la dictature de l’émotion.

FK

 (*) Cette grève spontanée effectuée au nom du « droit de retrait » avait fait suite à l’agression d’un conducteur d’un Rer A (qui dépend juridiquement de la gare Saint-Lazare), agression intervenue lundi soir à Maisons-Laffite : « six personnes alcoolisées »,
selon une source policière citée par l’AFP, ont « roué de coups de poings et de pieds au visage » le conducteur entraînant une incapacité de travail de deux jours.

Cet article a 5 commentaires

  1. xxl

    Pourquoi débattre comme vous le proposez
    Les choses sont claires
    les conducteurs de la SNCF se conduisent comme un groupe de pression inqualifiable
    avant ils avaient ls grèves à tout bout de champ comme moyen de pression, maintenant c’est le soi disant droit de retrait
    en quoi un incident sur une ligne doit entrainer une paralysie sur toutes les autres quon m’explique
    ce petit groupe veut faire peur en montrant sa foce, sa capacité de nuisance
    et elle réussit le directeur général de la SNCF Guillaume Pepy ne fait que pépiter. Il n’a qu’à ne pas payer les heures non travaillées parce qu’il n’y avait plus de danger immédiat, les trois ados étaient sous les verrous tout de suite après les faits
    Les tribunaux donneraient raison à Pépy mais il a peur de ses syndicats casseurs

  2. Bougivalais en colère

    Et une grève de plus à st Lazare ! Heureusement grâce aux horaires affichés, on a pu prendre ses précautions
    Pourquoi ils ont fait grève je l’ignore et avec moi tous les usagers qui se bousculaient sur les quais
    Les grévistes n’ont meme pas le courage de venir s’expliquer devant les voyageurs et distribuer des tracts ce sont des trouillards confortablement installés chez eux

  3. Isabelle

    Il faut raison garder.
    Nous sommes malheureusement dans une société de plus en plus violente.
    Pour moi, le droit de retrait s’assimile à un apppel au secours des cheminots
    Dommage que les cheminots ne comptent pas sur la solidarite des voyageurs qui sont également victimes des voyous

  4. Les récidivistes

    Les récidivistes
    Chose vécue. Mardi 4 juin 2013. Je suis sur le quai de Louveciennes, attendant le train de Paris de 17h00.
    Brusquement une annonce par haut-parleur. « Le trafic est suspendu pour une durée indéterminée en raison de l’arrêt de travail inopiné d’une catégorie de personnel ».
    Tout habitué de la Sncf et plus particulièrement de Saint-Lazare comprend de quoi il s’agit. Non pas d’une grève annoncée mais du « droit de retrait » des conducteurs concernés de près ou de loin par un incident (ou une agression).
    Il est permis de juger cette méthode contestable – comme nous l’avons montré dans notre article – car elle consiste à PUNIR l’ensemble des voyageurs qui n’y sont pour rien et alors qu’il n’y a pas de danger immédiat pour tous les cheminots qui se « retirent ».
    Sur le quai de Louveciennes, une trentaine de voyageurs « en rade », pour la plupart des travailleurs regagnant leur domicile. Travailleurs immigrés le plus souvent, représentant cette « classe ouvrière » de plus en plus introuvable ; ils devraient être protégés par les adhérents du syndicat majoritaire de la Sncf (la Cgt) et par ceux de l’aile gauchiste Sud Rail, mais apparemment ils s’en moquent allégrement. Ils vont encore nous parler de la défense du service public.
    A 17h50, un train est entré en gare pour nous conduire – en respectant tous les arrêts de la ligne – à Saint-Lazare où nous sommes arrivés à 18h30.
    Il reste donc encore quelques conducteurs qui restent pénétrés de l’esprit de « service public ».
    Cet incident nous aura également montré que la situation des Louveciennois en matière de transports publics reste fragile, car il n’est pas facile d’improviser une solution de remplacement.
    FK

  5. La rédaction

    Retour sur l’interruption du trafic mardi 4 juin 2013 sur la ligne L
    Les faits tels qu’on a pu les connaître (source Sncf, presse)
    Lundi 3 juin, au matin, un contrôleur de la Sncf a subi une agression en grande banlieue parisienne (à hauteur de Mantes-la-Jolie) par un voyageur alcoolisé, dépourvu de billet dans un train intercité Paris-Caen. Le contrôleur qui a eu le nez cassé et plusieurs hématomes, est en arrêt de travail pour neuf jours. L’agresseur a été interpellé. Le trafic a été perturbé lundi en Haute Normandie, perturbations qui se sont prolongées mardi.
    La grève (ou plutôt le droit de retrait) s’est étendue mardi après-midi aux lignes de banlieues de Saint-Lazare (500 000 voyageurs/jour) et plus particulièrement à la ligne L (qui dessert Saint-Nom-la-Bretèche). Après une interruption totale, quelques conducteurs ont accepté de faire circuler des trains dans la soirée.
    La reprise du travail s’est effectuée progressivement mercredi matin, avec un retour à la normale à midi. Pas tout à fait, puisque nous avons pu le constater en gare de Louveciennes, le train de 18h30 est arrivé avec 40 minutes de retard (aucune annonce n’a été faite car le mercredi, jour des écoliers, les guichets sont fermés). Un peu plus tard, en gare Saint-Lazare, les retards ont été expliqués par un incident technique, une rame refusait de sortir du dépôt. (on ne dispose pas d’informations sur la mauvaise humeur de la rame, grève, droit de retrait ?…).
    Des contrôleurs supplémentaires dans les trains jugés « sensibles »
    On a appris que la direction de la Sncf avait accepté le déploiement de personnels supplémentaire dans des trains jugés « sensibles » en matière de sécurité, « dans les trains où les incivilités sont plus nombreuses, notamment les rames circulant le soir »
    Commentaires d’une association d’usagers
    L’association des voyageurs usagers des chemins de fer (AVUC) dit « comprendre » le mouvement des cheminots, mais proteste « contre cette nouvelle forme d’action, ces droits de retrait, qui se multiplient depuis quelques mois ». « Ils sont parvenus à contourner la loi sur le service minimum », en mettant en place « un droit de retrait permanent », dénonce Willy Colin, porte-parole de l’Avuc.

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