Retour sur « Chinatown », l’un des chefs d’oeuvre de Roman Polanski

« La parenthèse enchantée », le ciné-club de Louveciennes, dirigé par Daniel Godard, Jean-Paul Jaouen et Jean-Jacques Petit, proposait à ses membres, en ce mois de décembre,  « Chinatown », film américain de Roman Polanski, sorti en 1974. Indiscutablement un de ses meilleurs avec Rosemary’s Baby (1968), Tess (1979), Le Pianiste (2002), The Ghost Writer  (2010).

« Chinatown » s’inscrit dans la grande lignée du film noir américain et a été très rapidement considéré, avec raison, comme un chef d’oeuvre.

Les codes classiques du film noir sont bien présents : le détective privé, à la Philip Marlowe, la femme blonde, riche, énigmatique, forcément fatale, une histoire complexe, enchevêtrée au dévoilement progressif. A la fin le film bascule dans la tragédie antique.

(Jack Nicholson, Faye Dunaway)

Au commencement de l’histoire, le détective Jake Gittes, se voit confier une banale enquête d’adultère par Madame Mulwray qui soupçonne son mari, Hollis Mulwray. Celui-ci est l’ingénieur en chef du département des eaux de Los Angeles. On est  dans les années trente et le sud de la Californie est frappée par la sécheresse. Gittes suit Hollis à la trace et arrive à le prendre en photo en compagnie d’ une très jeune femme. Un article tapageur paraît dans la presse locale relatant l’infidélité avec photo à l’appui. Or il s’agit d’une fausse piste. Une femme qui se présente comme Evelyn Mulwray menace Gittes de poursuites judiciaires. Il s’avère que la personne qui avait engagé Gittes n’était pas la vraie Evelyn Mulwray. Quelque temps après, Hollis Mulwray est retrouvé noyé. Pour Gittes, il s’agit d’un assassinat car Hollys avait découvert que de l’eau potable était régulièrement rejetée dans la mer, ce qui accentuait la sécheresse. Il veut connaître la vérité. Il décide alors d’élargir son champ d’enquête et découvre que derrière ce meurtre il y a une vaste corruption dont l’organisateur est Noah Cross, le père d’Evelyn.

Une interprétation de grande classe

Jack Nicholson, compose un détective arrogant, avec le sourire carnassier qu’on lui connaît, mais dont la suffisance est progressivement mise en question. Il comprend mais chaque fois avec un temps de retard. Bagarreur, fouineur, menteur et voleur pour les « besoins de l’enquête », amateur de cigarettes, de whiskies et de belles femmes. Bref le parfait macho. Et impuissant devant la corruption 

Faye Dunaway apporte à Evelyn Mulwray, son personnage, une ambiguïté troublante. Glaciale, distante au début, puis profondément vulnérable essayant, en vain, de cacher l’innommable. L’aveu troublant sur la jeune femme vue en compagnie d’Hollys : « She’s my sister… and my daughter ».

(Faye Dunaway)

Le grand cinéaste John Huston, dans le rôle de Noah Cross, incarne le notable corrompu mais également le père dominateur.

(John Huston, Jack Nicholson)

Une  mise en scène éblouissante

Dans sa mise en scène, Polanski utilise le format cinemascope (Panavision) avec de nombreux plans larges. Il est aidé par le chef opérateur John A. Alonzo qui avec les lumières chaudes rend perceptible le climat sec et étouffant du sud de la Californie et par conséquent la question centrale de la rareté de l’eau, objet de folles spéculations.   De nombreuses scènes ont été tournées en extérieurs, en éclairages naturels. Il y a également un beau travail sur les ombres et les reflets en intérieur. Les décors reconstituent avec justesse le style d’une époque (les maisons, la banlieue, une maison de retraite, les bureaux, le mobilier…). Il en est de même des costumes. 

Le scénario est de Robert Towne, complexe, plein de fausses pistes, qui à partir d’une affaire d’eau révèle une corruption financière de grande ampleur doublée d’une corruption familiale. 

« Forget it, Jake. It’s Chinatown. »

Chinatown est un film sur l’argent qui corrompt tout et sur la perversion du pouvoir, à travers l’inceste. 

Il n’y a pas de salut possible. Dans la séquence finale le mal triomphe. Un des associés de Gittes devant ce constat d’impuissance laisse tomber avec fatalisme :  « Forget it, Jake. It’s Chinatown. » La justice n’est décidément pas de ce monde, surtout pas dans le quartier chinois où Gittes, alors policier, avait échoué.  

(Noah Cross « récupère » sa fille)

Fiche technique

(liste reprise de Wikipedia)

Distribution : 

Jack Nicholson : Jake « J. J. » Gittes

Faye Dunaway : Evelyn Mulwray

John Huston : Noah Cross

Perry Lopez : Éscobar

Roman Polanski : l’homme au couteau

John Hillerman : Yelburton

Darrell Zwerling : Hollis Mulwray

Diane Ladd : Ida Sessions

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