
Nous avions l’intention de proposer à nos lecteurs de Louveciennes et d’ailleurs un reportage photographique illustrant le parcours pittoresque emprunté par le train, entre la gare Saint-Lazare et Louveciennes.
Dans ce cadre, nous avions pris dimanche 18 juillet deux photos de la verrière de la gare Saint-Lazare, contrepoint au magnifique tableau de Claude Monet ; après ces prises de vues, et avant de prendre notre train, nous sommes passés par le Relay Presse. C’est là où feuilletant un magazine nous avons été interpellés bizarrement par un employé de la Sncf nous intimant l’ordre de le suivre. Sortant du Relay, il nous a annoncé d’un ton péremptoire :
« Avez-vous l’autorisation de photographier dans la gare, vous venez de prendre deux photos ».
Interloqué, nous avons répondu qu’il s’agissait de deux photos de la verrière et qu’aucune personne physique n’était reconnaissable.
Mais le problème du « préposé » n’était pas celui de la protection de l’image de personnes identifiables (protection à laquelle nous sommes sensibles) mais l’affirmation du caractère spécial de la gare, nous étions dans « un espace privé ». Là, on était partagé entre le rire et l’indignation. Comme tout Français, nous croyions que la Sncf, établissement public, nous appartenait quelque part, c’est évidemment faux, elle appartient plutôt à ses agents, mais quand on songe aux subventions considérables versés à cet Etablissement par l’Etat et la Région depuis des lustres et avec nos impôts, notre erreur était humaine……
L’agent de la Sncf, le matricule SL 233, était loin de ces considérations…
Récemment recruté, il n’était pas d’humeur commode. Il avait l’intransigeance du néophyte. Il était fier de porter un polo orange de la Sncf avec le badge où apparaissait son numéro. Et encore, nous l’avions échappé belle, la Sncf ne lui avait pas offert une large casquette qui d’ordinaire augmente considérablement l’autorité de celui qui la porte.
Ayant peu de temps avant le départ pour aller discuter avec ses chefs, nous avons fini par jeter à la corbeille de notre appareil numérique les deux photos « volés » à la Sncf à la satisfaction de l’agent SL 233.
Cette interdiction suscite un certain nombre d’interrogations :– Notre rédaction possède un lot de photographies notamment de la gare de Louveciennes ; devons-nous nous en séparer au plus vite avant le lancement d’une plainte de la Sncf avec saisie de l’ordinateur de la rédaction par la police judiciaire sur ordre d’un procureur ou d’un juge d’instruction (ou pire, une juge d’instruction, car depuis Eva Joly nous savons que celles-ci sont nettement plus redoutables….) ;
– Faudra-t-il à l’avenir s’interdire de photographier la montée dans le train de d’un être cher partant en vacances ou à l’étranger ?
– A-t-on le droit de photographier sans autorisation les quais de la gare un jour de grève car ceci pourrait porter atteinte à l’image de la Sncf ?
– Quand on songe aux innombrables désagréments subis par les centaines de milliers de voyageurs à la gare Saint Lazare au cours de ces derniers mois (grèves, retards techniques……), la direction ne trouve rien de mieux que d’embaucher des contrôleurs « garde chiourne » pour veiller à ce qu’on ne photographie pas sans autorisation dans la gare. Des centaines de milliers de passagers à contrôler. On croit rêver. S’il y a des postes à pourvoir à la Sncf, on imagine aisément qu’il existe des secteurs prioritaires ;
– et enfin, si Claude Monet a eu l’autorisation de « la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest » pour installer son chevalet pour une longue durée, il n’avait pas acquitté des droits pour l’utilisation de l’image de la gare. Il est vrai que la Compagnie n’avait pas encore été nationalisée et la notion de droit à l’image n’était pas aussi extensive.
Et pour conclure, une considération plus générale. Dans notre société qui multiplie exponentiellement les droits, on subit tout naturellement l’explosion des interdictions. Décidément on n’arrête pas le progrès.
Il ne faudrait pas se laisser impressionner pour rien la prochaine fois.
– Vous absolument le droit de prendre des photos dans un lieu public, ou privé ouvert au public, gare y comprises.
– Un agent de la SNCF n’a aucun pouvoir pour vous demandez d’effacer des photos, ni de vous retenir ou quoique ce soit dans le genre.
– Plusieurs jurisprudences, on déjà été faites sur le sujet. Même un bien appartenant à un particulier peut être pris en photo (depuis un espace public, la rue) et utilisé dans un cadre privé, voir être publié, tant que ça ne porte pas atteinte à sa vie privée ou à sa tranquillité.
– Dans le cadre des musées, le fait de payer le droit d’entrée vaut acceptation du règlement intérieur qui peux stipuler certaines conditions (pas de flash, pas de pied,…)
Donc la prochaine fois, soyez ferme et renvoyez le dans ces pénates, vous aussi des droits il faut les exercer ! Et prenez tranquillement vos photos.
Dans le prolongement des réflexions de Raphaël sur l’usage de la photo dans les musées, on peut signaler la question posée par le député-maire de Saint-Mandé, Patrick Baudouin (JO du 22 juin 2010), qui interpelle le ministre de la Culture quant à la récente mesure prise par la direction du musée d’Orsay d’interdire à ses visiteurs de prendre des photos ou de filmer dans l’enceinte de son établissement.
Le député remet en cause l’interdiction d’Orsay – une mesure prise en 2005 puis abandonnée par le musée du Louvre – qu’il estime contraire « à l’objectif de démocratisation culturelle ». Il s’interroge également sur la « légitimité d’interdire la reproduction d’œuvres appartenant au patrimoine public » qui plus est, par des visiteurs s’étant acquittés de leur droit d’entrée et cela sous prétexte de « confort du visiteur », gêné par le flux des photographes amateurs dans les salles du musée.
Par cette interrogation, il demande au ministre de se prononcer sur les mesures qu’il envisage – ou non – de prendre par rapport à cette interdiction et l’invite à placer le débat au niveau européen.
Pour notre part, nous avons déjà fait part de notre étonnement sur la notion de Copyright appliquée par ce Musée. S’il appose son Copyright sur toutes les œuvres reproduites – ce qui ne manque pas de culot s’agissant du patrimoine national – on peut remarquer qu’il n’est pas le seul musée à le faire en France et à l’étranger, mais là où il dépasse les bornes, c’est quand en plus de son Copyright il appose celui du photographe, un certain Hervé Lewandowski.
Nous avons en son temps interrogé le ministre de la Culture (il ne s’agissait pas encore de Frédéric Mitterrand) sur cette étrangeté mais sans obtenir la moindre réponse, attitude qui est maintenu devenu la règle dans l’Administration française (et pas seulement, des entreprises privées s’y sont mises…).
Nous ne manquerons pas de suivre ce dossier du Copyright.
Bonjour,
Je viens de vivre une mésaventure similaire à la votre: http://carnetsdevoyage.blogs-de-voyage.fr/archive/2011/10/26/quand-la-ratp-et-la-sncf-marchent-sur-la-tete.html
Bonne journée.