A l’entame du second tour des élections municipales de Louveciennes, Marie-Dominique Parisot partait avec un handicap qui paraissait irrémédiable. Lors du premier tour, elle accusait en effet un retard de 239 voix soit près de 10 points derrière la liste du maire sortant, Pierre-François Viard.
Au soir du 28 juin, après une campagne menée avec sérieux, Marie-Dominique Parisot a comblé une partie de son retard sans toutefois arriver à renverser la table.
La liste du maire remportait finalement le duel avec 49,34 % (1.237 voix) contre 44,19 % (1.108 voix) obtenus par la liste de Marie-Dominique Parisot, l’écart n’étant plus que de 129 voix.
Selon les modalités du scrutin communal, la liste arrivée en tête ramasse la mise et obtient une confortable majorité pour diriger la commune. 22 conseillers municipaux sur 29 ont été attribués à la liste de Pierre-François Viard, 6 à la liste de Marie-Dominique Parisot.
La troisième liste celle de LREM, conduite par Murielle Charles-Beretti, a subi un nouvel échec. Déjà les 10,18 % du premier tour n’étaient pas glorieux dans une localité où ce Mouvement avait fait de beaux scores précédemment (aux législatives, aux européennes). Avec une régression à 6,46 % au second tour, il est permis de se demander qui dans le Mouvement, au niveau local, a opté pour une décision stratégique aussi perdante. LREM disposera au conseil municipal d’un siège. Il a été affirmé qu’il s’agira d « une opposition constructive et exigeante ». La suite montrera ce qu’il faut mettre derrière ces mots.
> La liste des conseillers élus au conseil municipal à l’issue du scrutin du 28 juin 2020 figure en annexe.

(Mairie de Louveciennes – Photo de Marc Antoine – Décembre 2019)
Quelques enseignements du scrutin
Le second tour des élections municipales s’est déroulé dans des conditions particulières en raison de l’épidémie Covid_19. Le taux de participation même s’il est en légère progression à Louveciennes (il passe de 47,41 % à 48,94 %) reste très en-deçà des taux habituels dans la commune (taux presque toujours supérieurs à 60 %). C’est ainsi que de l’ordre de 650 votants se sont perdus dans la nature. On ne dira cependant pas que cela a favorisé ou défavorisé telle ou telle liste. Une revue rapide a montré que les abstentionnistes du premier tour se retrouvaient dans toutes les tranches d’âges.
Habituellement, les électeurs accordent aux maires sortants « une prime ». Dans un contexte de crise, on a tendance à ne pas à donner naturellement sa confiance à ceux qui proposent une « alternative ». Cela s’est vu lors du premier tour, cela a été infirmé lors du second tour où la vague verte a tout submergé dans de grandes villes. Dans ce dernier cas, le fort taux d’abstention couplé à des programmes favorables à la déesse « Nature » ont indiscutablement joué ( si on suit Jérôme Fourquet qui pense qu’ «une matrice écologique se substitue à l’ancienne matrice catholique de la France»).
Dans la crise sanitaire, les maires ont joué un rôle important et apprécié en proposant des services à la population. Pierre-François Viard et ses équipes ont très correctement fait le job ; ceci doit être porté au crédit du maire même si cette action s’est s’accompagnée d’une valorisation personnelle (Tout au plus a-t-on pu regretter une certaine timidité dans la reprise des cours dans les écoles le 11 mai).
Alors pourquoi ce score serré entre les deux listes ?
Parmi les différentes explications, nous retiendrons principalement celle du bilan du maire et par contraste les propositions très argumentées de sa concurrente, Marie-Dominique Parisot, qui a montré au passage, qu’elle avait l’étoffe pour faire un maire, très compétent, ouvert au dialogue avec en moins l’habileté du politique et les qualités et les défauts qui s’y attachent.
Le bilan du maire au cours de la période 2014-2020 est mitigé. On ne reviendra pas ici sur les péripéties des premiers mois du mandat avec l’annulation des élections de mars 2014 et sur la nette victoire de Pierre-François Viard en janvier 2015 lors des nouvelles élections.
Parmi les éléments positifs, on relèvera, sans être exhaustif, la politique sociale (en faveur des différentes catégories notamment des familles avec une nouvelle et très belle crèche), la politique culturelle à l’offre diversifiée, une gestion financière prudente, les beaux projets en cours de réalisation (la résidence intergénérationnelle Gaudet, la Maison médicale avec ses deux pôles, les Clos et la place de l’église,…).
Mais il y a également eu des échecs parmi lesquels on peut citer la gestion des équipes (démission fracassante de deux adjoints en septembre), la conduite hasardeuse de l’opération immobilière de l‘Aqueduc sanctionnée par l’annulation d’un permis de construire par la Justice et le retrait tardif d’un autre permis pour « fraude », des constructions d’une médiocrité confondante (les « maisons » des Plains Champs),…
Il faut cependant bien admettre que la gestion d’une commune comme celle de Louveciennes n’est pas facile car les contraintes qui s’abattent sur elle sont fortes voire insupportables. A cet égard, la loi SRU dont l’objectif est d’assurer une meilleure mixité sociale est tout à fait louable mais le timing exigé (réaliser 25 % de logements sociaux d‘ici 2025 ) n’est pas réaliste et conduit à un densification excessive du territoire.
Villevert, dossier qui fait du surplace depuis des mois, n’est maitrisable par nos élus qu’en partie. Le PLU 2017 a fixé les grandes catégories de constructions et d’aménagements qui pourront y -être réalisés. Mais il y a d’autres acteurs, le propriétaire, Unibail-Rodamco-Westfield, le Préfet en embuscade pour y faire réaliser un maximum de logements sans parler des administrations qui se crêpent le chignon.
Le lecteur de La Tribune de Louveciennes connaît bien ces dossiers que nous avons abondamment traités au cours des derniers mois. On a parfois l’impression d’être devant un film au ralenti avec des séquences qui reviennent en boucle.
Et maintenant
Pierre-François Viard doté d’un groupe largement majoritaire sera élu maire de Louveciennes pour un second mandat. Selon ses déclarations, il s’agira de son dernier mandat, il ne compte pas se représenter. Nul doute qu’il voudra laisser son empreinte sur de belles réalisations qui feront honneur au patrimoine architectural et paysager de la commune. Belle ambition. On peut alors souhaiter qu’il s’agisse d’une oeuvre collective. Et alors là, pourquoi ne pas former le voeu que sur un certain nombre de dossiers, il y ait, loin des querelles stériles, une convergence utile entre majorité et opposition.
FK
ANNEXES
- Résultats du second tour – 28 juin 2020
Nombre d’inscrits 5.217
Nombre de votants 2.553 (48,94 %)
Bulletins blancs 22 (0,42 %)
Bulletins nuls 24 (0,46 %)
Suffrages exprimés 2.507 (98,20 %)
Avec vous pour Louveciennes 1.237 (49,34 %)
(Pierre-François Viard)
Vivre à Louveciennes 1.108 (44,20 %)
(Marie-Dominique Parisot)
Louveciennes avec vous ! 162 (6,46 %)
(Murielle Charles-Beretti)
2. Les 29 conseillers municipaux de Louveciennes élus à l’issue du scrutin du 28 juin 2020
Majorité – Liste « AVEC VOUS POUR LOUVECIENNES » ( 22 conseillers)
- Pierre-François VIARD
- Florence ESNAULT
- Pascal HERVIER
- Laurence LAFONT-D’ANTHOÜARD
- Victor DA PONTE
- Martine CONTET
- Boleslas PALEWSKI
- Isabelle MESPELAERE
- Max BRUNNER
- Sanja JOLIOT
- Daniel GODARD
- Annie BEYER
- Lydérick WATINE
- Marie-Hélène FARBOS
- Laurent LESAGE
- Armelle VALLOT
- Stéphane GROS
- Anouk ABECASSIS
- Pierre FACON
- Chrystel DELIN
- Mehdi EL GARGATI
- Bénédicte DENFERT
Opposition – Liste « VIVRE A LOUVECIENNES » (6 conseillers)
- Marie-Dominique PARISOT
- Stéphane PIHIER
- Geneviève FIEUX CASTAGNET
- Christian PERSIAUX
- Catherine GONNEAU
- Pierre-Jean DA CRUZ
Opposition – Liste LREM (1 conseillère)
1. Murielle CHARLES-BERETTI
Bonjour,
Merci de votre article.
Je vous trouve trop sévère au sujet de la candidature de Mme Beretti. Certes, son programme était faible et elle se trompait de bataille en présentant une liste labellisée par une formation politique. Mais c’est du passé et au final je me dis qu’elle ne sera sans doute pas la moins utile de tous les 29 conseillers élus dimanche dernier.
Vous avez par contre une certaine tendresse pour Mme Parisot. Vous soulignez sa « compétence » et sa connaissance des dossiers, ce à quoi on peut sûrement souscrire, puisque elle a été DGS de Louveciennes pendant quelques années. Vous indiquez qu’elle avait « l’étoffe pour faire un maire », ce qui est peut-être vrai, mais peut-être faux aussi : on ne le saura jamais car c’est en exerçant le mandat de maire qu’on démontre cela, et non en menant une bonne campagne électorale.
Sans faire injure à Mme Parisot, j’ai eu pour ma part l’impression que l’ombre de l’ancien maire battu en 2014 planait sur la campagne de « Vivre à Louveciennes ». Je ne suis pas dans le secret mais je mettrais ma main au feu que M. Vanhollebeke l’a aidée dans la construction de son argumentation, tout en lui transmettant sa verve polémique et son sens de l’anaphore (si j’en juge les derniers tracts du second tour : « vous trouvez ça normal », « si j’étais maire »). Ce soutien a peut-être été à double tranchant : d’une part, il a sûrement aidé à construire une bonne campagne ; mais d’autre part, les nostalgiques de M. Vanhollebeke ne me semblent pas très nombreux, et je crois que beaucoup d’entre nous sont irrités par ce qu’ils considèrent comme une obsession revancharde et une propension à l’anathème – sans parler des dérives sur Twitter de deux ou trois de ses partisans. En face, M. Viard a su jouer la force tranquille et argumenter sur l’union, et ça a payé.
Tout en étant très loin des dossiers de la commune, je partage votre appréciation sur le « bilan mitigé » de M. Viard. Il est probable notamment que son échec à maintenir jusqu’à la fin la cohésion de l’équipe élue en 2014 lui aura coûté de nombreuses voix. Peut-être saura-t-il, fort de six années d’expérience, être plus « politique » au cours de son second mandat. Car être « politique », ce n’est pas seulement savoir mener une campagne électorale, c’est aussi être capable de manager dans la durée des adjoints et des conseillers municipaux, qui sont parfois compétents et parfois incompétents, mais qui ont tous besoin de se sentir utiles, et à qui il faut donner du grain à moudre tout en écartant les fausses bonnes idées et les initiatives farfelues.
Je souscris en tout cas pleinement à votre conclusion quand vous formez « le voeu que sur un certain nombre de dossiers, il y ait, loin des querelles stériles, une convergence utile entre majorité et opposition ». Ce n’est sans doute pas irréaliste, cette fois. Et si M. Vanhollebeke a la bonne idée de prendre enfin sa retraite politique, ça aidera.