Olafur Eliasson à Versailles : le concept et après ?

Au château de Versailles et dans ses jardins, l’artiste dano-islandais, Olafur Eliasson, succède à Anish Kapoor dont les installations avaient provoqué l’an passé une intense polémique allant jusqu’à des dégradations d’une des œuvres exposées, celle dite du « Vagin de la reine », en fait « Dirty Corner ».

Les propositions artistiques d’Olafur Eliasson sont beaucoup plus modestes, respectueuses du cadre, bref consensuelles.
Comme le juge Catherine Pégard, Présidente du château de Versailles « Une œuvre est réussie quand elle n’est pas dévorée par Versailles. L’art contemporain ne contredit pas l’esprit du château qui était un lieu d’innovations sous Louis XIV. »

Les installations d’Olafur Eliasson sont-elles réussies ? En conclusion, nous dirons pourquoi nous avons quitté les lieux sur une impression mitigée. Le concept ne fait pas une œuvre. Mais avant cela, nous nous intéresserons aux intentions de l’artiste et à leur traduction sur le terrain.

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Dans les jardins, les œuvres d’Olafur Eliasson s’inspirent du thème de l’eau, une cascade, un bosquet plongé dans le brouillard, des moraines d’origine glaciaire, à l’intérieur du château se déploient des miroirs et des lumières.

Avant de procéder à ses installations, Olafur Eliasson est venu visiter le château plusieurs fois en solitaire, le jour comme la nuit afin de s’imprégner de l’environnement. « Le Versailles dont j’ai rêvé est un lieu qui responsabilise chacun. Il invite les visiteurs à prendre le contrôle de leur expérience au lieu de simplement consommer et être éblouis par la grandeur. Il leur demande d’ouvrir leurs sens, de saisir l’inattendu, de flâner à travers les jardins, et de sentir le paysage prendre forme à travers leur mouvement. (…) Le Château et ses Jardins sont si riches de sens et d’histoire, de politique, de rêve, de vision, c’est un défi exaltant de créer une intervention artistique qui modifie le sentiment des visiteurs et offre un point de vue contemporain sur cet héritage fort. Je considère que l’art est un coproducteur du réel, de notre sens du présent, de la société et de l’unité des hommes. C’est très inspirant d’avoir à travers l’art l’opportunité de coproduire la perception actuelle de Versailles. »

Dans les jardins de Le Nôtre

« Waterfall », « Fog Assembly » et « Glacial Rock Flour Garden » sont les trois pièces installées dans les jardins et qui nous parlent des différents états de l’eau.

Waterfall

Avec « Waterfall », Olafur Eliasson a souhaité faire revivre une idée originale mais non réalisée d’André Le Nôtre, l’installation d’une cascade dans l’axe du Grand Canal. En effet une fontaine monumentale avait été imaginée à l’époque.  Interrogé sur ses intentions, Olafur Eliasson répond qu’« avec cette cascade qui paraît d’autant plus infinie que l’eau s’écoule à grande vitesse, j’ai voulu m’inscrire dans le travail des architectes de l’époque qui jouaient déjà sur la manipulation de la perception pour donner un sentiment de gigantisme. L’exploration n’est plus seulement réservée au roi ou à la reine. Tous, nous pouvons faire une expérience, qui par définition est contemporaine, car elle a lieu ici et maintenant. »

Photo de Anders Suneberg – Studio Olafur Eliasson

Pour le bosquet de l’Etoile, l’artiste a imaginé un anneau de brume qui projette de fines goutelettes et que le visiteur est invité à traverser.

Photo de Anders Suneberg – Studio Olafur Eliasson

« Glacial Rock Flour Garden »

Dans le Bosquet de la Colonnade, Olafur Eliasson a rempli le bassin de moraines glaciaires du Groenland, d’une couleur gris-bleu, moraines dans lesquelles il voit « une relation entre le climat et l’histoire, entre le climat et la société ». L’artiste est très attaché à la cause écologiste. En décembre 2015, au moment de la conférence sur le climat à Paris, la Cop21, il avait fait fondre des blocs de glace du Groenland devant le Panthéon, pour souligner l’urgence de la lutte contre le changement climatique.

Photo de Anders Suneberg – Studio Olafur Eliasson

Dans le château

Six pièces ont été placées dans le château, des miroirs, un soleil factice, des illusions d’optique. L’artiste les a conçues pour quelles s’intègrent à l’architecture, pour qu’on puisse quasiment passer à côté d’elles sans les voir si on ne prête pas attention.

« Deep Mirror»

Photo de Anders Suneberg – Studio Olafur Eliasson

« Your Sense of Unity » est un un cercle lumineux placé au fond de la galerie des Glaces.

Photo de Anders Suneberg – Studio Olafur Eliasson

« The Curious Museum » est un échafaudage recouvert d’une surface miroir.

« Deep Mirror » est constitué par deux petits globes d’or placées sur sur l’une des grandes fenêtres du château. Ils permettent d’apercevoir la spectaculaire cascade.

« Solar Compression » propose des miroirs géants dont les effets de lumière sont destinés à surprendre es visiteurs.

Sur une impression mitigée

Catherine Pégard a raison d’inviter chaque année un artiste pour qu’il confronte ses œuvres à Versailles. Aucun doute là-dessus. On a cependant l’impression que l’artiste invité choisit dans les rayons de son studio de création les objets qu’il adaptera plus ou moins bien à Versailles. L’estimable commissaire de l’exposition, Alfred Pacquement, a tenu à souligner qu’Olafur Eliasson est «  le premier artiste contemporain qui a conçu spécifiquement la totalité de ses œuvres pour Versailles et a pensé leur insertion au cas par cas.» Déclaration étonnante lorsqu’on sait que « Waterfall » n’est que la reprise des chutes d’eau qu’il avait installées à New York en 2008.

Qu’un artiste ait son style, son originalité, c’est normal mais où se situe la plus-value pour Versailles.

Les expositions de Versailles sont éphémères d’où ce côté bric à brac. S’il y a dans l’exposition d’Olafur Eliasson des réussites, nous pensons à « Deep Mirror», d’autres nous paraissent plus contestables. Ainsi le brumisateur, qui est pompeusement appelé « Fog Assembly », s’il fait la joie des enfants par jour de chaleur, peut-il être qualifié d’œuvre ? On le rangera plutôt dans la catégorie inaugurée par l’urinoir de Marcel Duchamp. En ce sens, l’artiste aime le concept plutôt que la beauté de l’œuvre. Il en est de même de « Waterfall », lorsque la cascade ne fonctionne pas, on se trouve devant une immense grue dépourvue de charme. Qu’on ne se méprenne pas, nous ne nous rangeons pas ici dans le camp des anti-modernes. Nous restons pour notre part ébloui par les grands architectes actuels, Frank Gehry, Jean Nouvel, Ieoh Ming Pei et bien d’autres, qui au-delà de la performance nous laissent des œuvres de toute beauté.

FK

Qui est Olafur Eliasson

Il est né à Copenhague le 5 février 1967. Son enfance se passe en Islande, pays de ses parents.

Professeur à l’Université des Arts de Berlin, il a dirigé de 2009 à 2014 l’Institut für Baumexperimente (Institut pour les expériences spatiales).

Son studio à Berlin, fondé avec l’architecte Sebastian Behmann sous le nom « Studio Other Spaces », emploie aujourd’hui près de 90 collaborateurs, architectes, techniciens spécialisés, archivistes, historiens de l’art ... Le travail de l’artiste s’étend de la photographie, du film à la sculpture, à l’installation et l’architecture. Ses œuvres reflètent ses recherches sur le phénomène de la perception des couleurs et sur le monde.

Dans le domaine social, Eliasson a créé en 2012 avec l’ingénieur Frederik Ottesen Little Sun, une lampe à énergie solaire visant à fournir une lumière propre et bon marché aux populations dépourvues de l’accès à l’électricité à travers le monde.

Il jouit d’une reconnaissance internationale. Il est surtout connu pour ses installations spectaculaires, comme la très populaire « The weather project » (2003) dans le « Turbine Hall » de la Tate Modern à Londres, a été vue par plus de deux millions de personnes, ou « The New York City Waterfalls » (2008), quatre grandes cascades artificielles installées sur les berges de Manhattan et Brooklyn.

Eliasson n’est pas un inconnu en France. En 2002, il avait couvert le sol du Musée d’art moderne de la Ville de Paris de lave. Il a créé en 2014 un couloir de miroirs jaunes pour la Fondation Louis Vuiton Fondation à Paris et à l’occasion de la Cop21 (Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques ) qui s’est tenue à Paris en décembre 2015, il a souhaité rendre les changements climatiques palpables avec « Ice Watch », douze énormes fragments de glacier Groenlandais, formant une horloge éphémère sur la Place du Panthéon.

Les artistes invités à Versailles

Depuis 2008, le Château de Versailles organise chaque année une exposition consacrée à un artiste français ou étranger. Eliasson est le neuvième artiste invité. Il a été précédé par

Jeff Koons en 2008, Xavier Veilhan en 2009, Takashi Murakami en 2010, Bernar Venet en 2011, Joana Vasconcelos en 2012, Giuseppe Penone en 2013, Lee Ufan en 2014 et Anish Kapoor en 2015.

Infos pratiques
Exposition d’Olafur Eliasson du 6 juin au 30 octobre 2016
Lieu : Château de Versailles
Horaires : 8h-20h30 tous les jours
Tarifs : accès gratuit au jardin (hors jours de Grandes Eaux), 15€ l’accès au château, gratuit -26 ans

Accès aux œuvres

Fonctionnement « Waterfall » – 
Grand Canal Du mardi au dimanche :
11h-12h30
15h30-19h

Fonctionnement « Fog Assembly » – Bosquet de l’Etoile Du mardi au dimanche :
11h-13h
15h-17h

Les jours de Grandes Eaux Musicales et Jardins Musicaux : 
de 9h à 18h30

Ouverture de « Glacial Rock Flour Garden » – 
Bosquets de la Colonnade De 9h à 18h30 les jours de Grandes Eaux Musicales et Jardins Musicaux
De 20h30 à 22h45 les soirs de Grandes Eaux Nocturnes

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