Municipales 2020 : Entretien avec Pascal Leprêtre (1)

Pascal Leprêtre se présente à la tête d’une liste de gauche sous l’étiquette «Louveciennes écologique citoyenne solidaire». Comme pour les autres candidats, nous l’avons interrogé sur les dossiers brûlants de la commune et notamment sur le PLU et la loi SRU, le sort de l’opération immobilière de l’Aqueduc, le dispositif « Site patrimonial remarquable », l’avenir de Villevert, l’état des finances et les impôts locaux, les deux maisons médicales, la circulation et le stationnement. 

Jean-Marie Piduch, ancien conseiller municipal (2008-2014), qui figure sur sa liste, a participé à l’entretien.

En raison de la longueur de l’entretien, nous avons été conduits à présenter le résultat sous la forme de deux articles.


La Tribune de Louveciennes_Vous êtes conseiller municipal d’opposition depuis 19 ans. Dans ce rôle, vous êtes connu pour votre travail sérieux et bien argumenté, la plupart de vos adversaires le reconnaissent. Ne trouvez-vous pas qu’il y a quelques chose de décourageant dans l’idée de repartir à la bataille avec une forte chance de se retrouver à nouveau sur les bancs de l’opposition ?

Pascal Leprêtre_ C’est votre pronostic. Je ne me reconnais pas dans cette question. Il y a quatre candidats qui partent à égalité. Je ne sais pas quel sera notre score au premier tour. Je ne sais pas non plus ce qu’il se passera au second tour. Je ne pars pas avec l’idée de me retrouver sur les bancs de l’opposition dans un mois. Après, si tel devait être le cas, il n’y a rien de décourageant à siéger dans l’opposition dès lors que celle-ci exprime une vraie divergence idéologique avec la majorité. L’opposition est fort utile,  je pense l’avoir démontré durant 19 ans, tout comme Jean-Marie    Piduch pendant 6 ans. Dans l’opposition, vous faites quand même bouger un certain nombre de lignes, un certain nombre de choses.

A titre d’exemple, Pierre-François Viard s’est notamment inspiré de plusieurs de nos propositions lors des dernières élections municipales : la création de comités de quartier était une proposition que nous portions depuis longtemps. Cependant le maire n’a pas mis en œuvre toutes nos propositions de la manière dont on l’aurait faite. Malheureusement, les comités de quartier tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui n’apportent pas grand-chose à la démocratie locale, beaucoup de gens qui en font partie sont déçus.

Nous avions également suggéré qu’un représentant de l’opposition soit nommé à la tête de la commission d’appel d’offres. Pierre-François Viard a repris cette idée à son compte en arrivant aux responsabilités. J’ai d’ailleurs accepté de présider cette commission en 2014-2015. Il s’agissait d’une responsabilité intéressante. Autre exemple, la diffusion des conseils municipaux en ligne, c’est une proposition que nous avions également dans notre programme. 

Il faut aussi signaler le travail en commission. J’ai la « chance » d’être membre de toutes les  commissions, une dizaine sans compter les organismes externes. Bien que n’ayant pas la possibilité technique d’assister à toutes,  j’ai la possibilité de m’y rendre lorsque l’ordre du jour présente un intérêt particulier. D’une manière générale, le rôle des commissions est tout à fait limité dans la mesure où les séances consistent généralement à exposer quelques jours avant le conseil municipal ce qui va y être présenté. Tout est déjà figé, les délibérations déjà rédigées. On peut néanmoins y obtenir quelques informations détaillées notamment dans le cadre de la commission des finances. 

Lors de la commission d’urbanisme qui est en réalité une commission des permis de construire, on peut s’opposer à la délivrance d’un permis, mais c’est le maire qui, in fine, décide. J’ai souvent demandé en commission si le permis de construire est conforme ou non au Plan local d’urbanisme (PLU), si c’est oui, le permis de construire devrait être accordé. Souvent les refus se fondent sur des considérations subjectives parce que cela déplaît à tel ou tel élu. Or c’est le PLU voté par le conseil municipal qui doit fixer les contraintes architecturales, environnementales, on ne doit pas demander à un pétitionnaire des modifications techniques de son permis dès lors que celui-ci est conforme au PLU. C’est la position que je défends et c’est la garantie d’un traitement équitable des demandes de permis des Louveciennois.  

Jean-Marie Piduch_On est moins anonyme dans l’opposition que la plupart des conseillers de la majorité. 

PL_Le plus flagrant exemple lors de ce mandat, c’est que j’aurais été incapable de citer le nom d’un certain nombre de conseillers municipaux, tellement certains ont été absents ou silencieux. Pour la petite anecdote, au cours d’une séance récente d’un conseil municipal, on a annoncé la démission d’un conseiller, son nom ne me disait rien… 

TL _ La densification accélérée de Louveciennes pose d’innombrables problèmes à la commune. Comment voyez-vous l’arrivée de milliers de nouveaux habitants ?

PL_2.000 habitants au maximum ! Le dernier recensement a montré une baisse du nombre d’habitants de Louveciennes mais depuis ce chiffre a fortement augmenté avec l’arrivée des habitants des Plains Champs. L’augmentation va se poursuivre avec la livraison des logements de la rue de Voisins.

Je n’ai pas vraiment peur de l’arrivée de 2.000 nouveaux habitants. Louveciennes est un territoire géographiquement relativement vaste qui permet de construire de nouveaux logements. Ensuite ces nouveaux logements doivent être bien intégrés dans la ville, ces quartiers doivent être bien pensés. Les Plains Champs, j’en suis à moitié satisfait, on n’a pas pris suffisamment en compte l’interdépendance avec le centre de la ville, ni la nécessité d’avoir des équipements de proximité plus nombreux ; nous avions proposé à l’époque un emplacement réservé pour un équipement public, comme une nouvelle école. Cette proposition a été rejetée par l’ancien maire, et confirmée par le maire actuel. Aujourd’hui, le seul équipement public réalisé est une crèche, un bel équipement certes, mais qui néanmoins occupe des locaux qui étaient initialement destinés à un usage commercial. Finalement le centre commercial occupe une surface de vente réduite. 3 à 4 boutiques ne font pas un pôle très attractif. On avait l’occasion de faire là une supérette permettant de dynamiser ce nouveau quartier. Cela ne s’est pas fait. Se pose aussi la question du stationnement. Initialement était prévu un parking souterrain qui a été supprimé. Aujourd’hui, alors qu’il y a peu de commerces, le parking en surface est déjà saturé.

Tout nouveau programme doit prévoir des commerces de proximité et les équipements publics nécessaires. Les Plains Champs constituent  un micro-quartier dans un ensemble  plus vaste avec les Angelards, les Rougemonts et le Bas-Prunay. Il y avait un potentiel pour des équipements et des commerces de proximité, malheureusement toutes les modifications du projet en ont fait un quartier au bilan mitigé.  

JMP_Le projet des Plains Champs a été dénaturé par les deux maires qui se sont succédé durant le projet. André Vanhollebeke a refusé de réserver un terrain pouvant recevoir dans le futur un équipement public et de fait a augmenté le nombre de logements au détriment de la qualité de la vie. Pierre-François Viard a quant à lui cédé aux exigences du promoteur qui voulait une réduction du prix de vente du terrain, finalement maintenu par la suppression du bâtiment indépendant de la crèche et du parking souterrain. 

PL_L’autre importante question que pose l’arrivée de nouveaux habitants est celle de la mobilité. Si on prend l’exemple des Plains Champs, le programme a été construit sans prévoir les infrastructures, que ce soit les transports publics, que ce soit la liaison piétonne (Plains Champs-centre de Louveciennes) qui commence à être réalisée maintenant le long de la RN 186 mais pas au-delà.

TL_Au regard de la loi SRU, Louveciennes présente un fort déficit en logements sociaux. Le Plan local d’urbanisme (PLU) révisé voté en décembre 2017 prévoit 1.070 logements supplémentaires dont 565 logements sociaux d’ici 2025, 620 logements sociaux d’ici 2030. Le PLU doit-il être révisé ?

PL_ Le PLU doit d’abord être révisé pour ce qui concerne le nombre de logements prévu à Villevert. Le PLU révisé doit également permettre de bien identifier les zones constructibles à Louveciennes. 

JMP_ Des Orientations d’aménagement et de programmation (OAP) qui ont été définies dans le PLU 2013 ont disparu lors de la révision de 2017. On ne sait pas trop pour quelles raisons.  

Pour en venir au respect de la loi SRU, les calculs que nous faisons sont sur la base des nombre de logements principaux en 2016 (dernière statistique INSEE disponible) et du nombre de logements sociaux cette même année, évaluée à 405 dans le Répertoire du parc locatif social des bailleurs sociaux (RPLS).  Avec les projets réalisés depuis 2016 et ceux en cours ou prévus dans le PLU, on arrive à un équilibre respectant en 2025 les 25 % de la loi SRU, avec cependant les 350 logements de Villevert sur lesquels nous ne sommes pas d’accord. Dans ces 350 logements, 210 sont classés en social, une partie pour une résidence pour personnes âgées autonomes, une partie en résidence étudiante ce qui est un non-sens pour un lieu aussi éloigné des universités ou des écoles. M. Viard mise sur ces 350 logements, je pense que Madame Parisot ne les remet pas en cause non plus. Nous ne sommes pas d’accord, nous ne l’avons jamais été. 

Je rappelle notre proposition d’inverser la proportion de logements sociaux avec celle des logements en accession (60 % de logements sociaux et non 40 %) aux Plains Champs, ce qui aurait réduit d’une centaine environ le nombre de logements sociaux à construire, mais André Vanhollebeke n’en voulait pas. On aurait alors été proche du respect de nos obligations SRU sans avoir à construire de logements à Villevert.

Si on supprime les logements de Villevert et si on maintient les projets en cours en renforçant le pourcentage des logements sociaux (Aqueduc, extension de la Croix de Marly) il manquerait une petite centaine de logements à construire quelque part à Louveciennes, ce chiffre est raisonnable.

TL _ L’opération immobilière de l’Aqueduc a été stoppée par la Justice qui a annulé le permis de construire de 64 logements sociaux ; par ailleurs le permis de construire de 22 logements en accession devant être réalisée par la SCVV Les Jardins de l’Aqueduc a été retiré par la Mairie. Vous avez été globalement favorable à ces opérations. Quelle est votre position actuelle ?

PL_ Nous sommes toujours favorables à cette opération sur le principe. Une forte opposition s’est cristallisée autour des riverains. C’est un projet de petite ampleur, modeste… L’argument principal des opposants est que cela dénature le site. Je n’y crois pas un seul instant. Il y a déjà des maisons individuelles qui ont été construites, au pied de l’aqueduc, sur toute la bande linéaire.

Par ailleurs, l’Architecte des bâtiments de France (ABF) n’était pas opposé aux constructions. 64 logements c’est potentiellement un flux modéré d’une centaine de voitures. En revanche le projet dans son aspect architectural peut être rediscuté avec les associations et les riverains pour une meilleure intégration dans le paysage. 

JMP_On pourrait se passer des 22 logements en accession qui augmenteront de 6 le nombre de logements sociaux à construire. A cet égard, nous avons toujours contesté le rôle joué par M. Jobbé-Duval. Celui-ci à travers sa société coordonnait les deux programmes immobiliers de l’Aqueduc et était en même temps le gérant de la SCVV Les Jardins de l’Aqueduc. Il avait été retenu sans appel à la concurrence. C’était déjà le cas pour les Plains Champs.

TL_Vous avez suggéré qu’on étudie un rapprochement, une fusion avec Le Port-Marly, proposition que le maire Pierre-François Viard a rejetée. Selon vous quelles sont les avantages d’une fusion de communes ? Comment jugez-vous l’action de la Communauté d’agglomération Saint-Germain Boucles de Seine  ?

PL_ L’idée que j’avais émise était celle d’une commune nouvelle, ce n’est pas simplement pour résoudre la question de notre déficit en logements sociaux, il s’agit plutôt de mutualiser les services comme l’ont fait les communes du  Chesnay et de Rocquencourt. Obtenir ainsi des gains en termes d’efficience et bénéficier de dotations de l’Etat supplémentaires Un millier de communes nouvelles ont été créées en France, le bilan est plutôt positif. 

Dans notre programme nous ne proposons pas la création d’une commune nouvelle,  mais une mutualisation renforcée ; une première réalisation commune pourrait être la création d’un équipement scolaire pour ce grand quartier qui va des Plains Champs, du bas de Prunay jusqu’au Port-Marly. Ce serait une première mutualisation, nous souhaitons qu’on entame des discussions.

Une commune nouvelle ne se fait pas du jour au lendemain, cela dépend aussi de la configuration territoriale. Rocquencourt était une sorte d’excroissance du Chesnay, sans véritable centre-ville, sans équipements structurants… Avec Le Port-Marly commençons par la mutualisation (école, transports), ensuite on verra s’il y a intérêt à créer une commune nouvelle.

TL_La Communauté d’agglomération Saint-Germain Boucle de Seine (CASGBS) constitue-t-elle une structure adaptée aux problèmes qui se posent ?

PL_Les 18 maires des communes des Yvelines membres de la communauté d’agglomération Saint-Germain Boucles de Seine, parmi lesquelles Louveciennes, ont jusqu’à présent décidé de confier un minimum de responsabilités à leur communauté, préférant conserver au sein de leurs communes le plus possible de responsabilités. Or certains projets doivent être menés au niveau de l’agglomération. Nous proposons dans notre programme l’accélération de la réalisation de pistes cyclables, la mise en œuvre d’un plan local d’urbanisme intercommunal, la création d’un maraîchage intercommunal sur un site agricole (à Montesson, Chambourcy ou Aigremont) afin d’alimenter en fruits et légumes les écoles de Louveciennes et des autres villes de l’agglomération. 

TL_L’urbanisation de Villevert semble à l’arrêt. Le PLU voté en décembre 2017, malgré les avis défavorables  de l’Etat et du Département pour Villevert, a clairement défini les choix de la commune en matière économique (centre commercial, bureaux, hôtel,…) et en matière de logements (avec notamment les 350 logements prévus dont 60 % de sociaux). Validez-vous ces choix ?

PL_ Notre position est claire. Nous ne souhaitons pas de logements sur le site de Villevert, à l’exception de quelques logements corollaires. Avec 350 logements les habitants de Villevert seraient totalement déconnectés, complètement isolés de la ville. 350 logements ne permettent pas d’avoir une école, ni d’autres équipements publics, les habitants prendraient leur train à la gare de Louveciennes. Soit on opte pour une taille critique avec au moins 1.000 logements afin de faire un véritable quartier avec des équipements publics, mais ce n’est pas notre choix, soit on ne construit aucun logement. Il n’y a pas d’entre deux concevable, ce ne serait ni satisfaisant pour les habitants, ni pour l’avenir de la ville.  

Notre proposition est d’axer ce quartier sur l’activité tertiaire, pas forcément de réaliser un grand centre commercial comme cela a été envisagé, je pense d’ailleurs que l’idée n’est plus tout à fait d’actualité. Nous avions proposé d’en faire un éco-centre avec des entreprises orientées vers le développement durable. Nous voyons également l’intérêt d’avoir de l’activité tertiaire car Louveciennes bénéficierait du reversements de recettes fiscales de la part de la « Communauté d’agglomération Saint-Germain Boucles de Seine ». 

Le site fait 22 hectares, on pourrait réserver une zone naturelle pour les activités de loisirs de plein air, d’autant plus qu’on est dans le périmètre de protection du château de Versailles. Plutôt qu’un grand centre commercial, comme celui tout proche du Chesnay, on peut aussi imaginer qu’un service public s’installe à cet endroit et qu’un parc naturel prolonge la forêt de Marly. En résumé, nous sommes pour un projet qui ne dénature pas le site et qui améliore la vie des Louveciennoises et Louveciennois.

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Denis

    Le bon sens, c’est « Pas de logements à Villevert »
    J’ai une profonde aversion pour le PS et EELV mais je dois reconnaître que la position exprimée par Pascal Leprêtre au sujet de Villevert relève du bon sens : il faut renoncer à construire des logements, sociaux ou pas, dans ce secteur.
    Il y a à cela deux raisons qui me semblent évidentes :
    – la première est que Villevert est très éloigné de l’urbanisation existante ; de ce fait, ses éventuels habitants ne s’intégreraient jamais à la commune, dans laquelle ils resteraient au mieux des étrangers, et au pire des parias…
    – la seconde est que le site de Villevert offre tous les atouts pour accueillir des activités tertiaires privées mais aussi des équipements d’intérêt départemental, régional, voire national ; ce serait vraiment gâcher de l’espace que d’aller y construire des logements, quels qu’ils soient.
    Hélas, cette question de Villevert ne semble pas intéresser grand monde. Sans doute est-il plus fondamental de polémiquer sur ce qui sera implanté en lieu et place de l’ancien restaurant grec, et surtout, de s’opposer à la construction de logements sociaux dans le quartier de l’aqueduc (not in my backyard please) …
    En fait, je pense depuis longtemps que le dossier de Villevert est trop important pour relever de la compétence de notre petite commune : il faudrait une collectivité publique d’un tout autre calibre pour faire le poids face à la société propriétaire du site, et pour concevoir un projet d’aménagement dont l’intérêt dépasse de loin le cadre communal.

  2. Pascal

    Je peux vous assurer que la question de Villevert intéresse beaucoup les riverains du haut de la ville, notamment autour de l’axe Maréchal Joffre.
    Quoiqu’il arrive (350, 600 ou 0 logements),la circulation automobile y augmentera encore fortemment. Personne ou presque n’entrera ou sortira de Villevert, qu’il soit quartier autonome ou pas, en vélo ou en trottinettes et guère plus en navette électrique.
    Tout à fait d’accord sur le point que la municipalité d’une petite commune comme la nôtre ne fait pas le poids dans des projets aussi lourds.

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