…Le recensement de 1851
Le Cercle Généalogique et Historique de Louveciennes (CGHL) a réalisé un vaste travail d’étude des dénombrements réalisés dans notre village au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Après les articles consacrés au dénombrement de 1793 et au dénombrement de 1817 Jean-Marie Saunier nous présente ici les résultats du recensement de 1851, réalisé à la veille de l’instauration du Second Empire.
Nous sommes en 1851, le Président de la République est Louis Napoléon Bonaparte. Il deviendra empereur sous le nom de Napoléon III après le coup d’Etat du 2 décembre 1851. A Louveciennes, le maire se nomme Ambroise Hullin de Boischevallier. Il sera remplacé l’année suivante par Gabriel Bigault de Boureuille.
Une population très stable depuis 1817
La population de Louveciennes est de 716 habitants. M. Bouteillier, adjoint au maire, note qu’elle a diminué de huit habitants depuis le dénombrement de 1846. La raison invoquée est d’une grande simplicité « pendant cette période, chaque année le chiffre des décès a été supérieur à celui des naissances ». Aucune nouvelle famille ne s’est installée dans la commune. Depuis 1817, le niveau de la population est resté très stable et est encore loin d’avoir retrouvé celui d’avant la Révolution.
Cette stagnation pourrait peut-être s’expliquer, en partie seulement, par les deux épidémies de choléra que le département eut à subir en 1832 et 1849.
Quant à la répartition, 547 des habitants vivent en « population agglomérée » avec comme épicentre l’église et la Grande rue et 169 habitants en « population éparse ».
Plus de femmes que d’hommes

La population de Louveciennes se répartit entre 332 individus du sexe masculin (46%) et 384 individus du sexe féminin (54%). Les garçons de moins de 10 ans sont plus nombreux que les filles du même âge, mais la proportion s’inverse dans les tranches d’âges suivantes. Ceci peut s’expliquer par le départ des jeunes hommes âgés de 21 à 30 ans, puis par une mortalité plus forte chez les hommes mûrs. La doyenne de Louveciennes est Marie Cécile Tribout, 85 ans, rentière qui vit chez sa fille et son gendre, veilleur de nuit Grille Royale, rebaptisée « Grille Nationale » dans le recensement de 1851.
82 % de la population de plus 18 ans est marié, veuf ou veuve. On dénombre seulement 45 « garçons » et 54 « filles » adultes qui n’ont jamaisconvolé. La plus jeune mariée à 18 ans et le plus jeune marié 20 ans.
On dénombre 181 hommes mariés et 182 femmes mariées. De 1841 à 1876, on a pris en compte la résidence de fait en dénombrant les personnes présentes, y compris de passage dans un
logement au jour du recensement. Ainsi Prospère Isidore Levacher d’Urclé, époux de Léontine de Rivière, est absent de Louveciennes lors du recensement.
Les Louveciennois ont relativement peu d’enfants. 58% ont un enfant unique, 18% deux enfants, 16% trois enfants. Cinq familles ont 4 enfants (6%) et seulement les familles Thuilleaux et Leclaire ont 5 enfants (2%). Victorine et Eugène Janot, âgés de 14 ans, sont les seuls jumeaux de la commune.
En 1851 la population se compose de
- 709 français d’origine ;
- 2 naturalisés français, Auguste Vandermeere et Antoine de Rivière ;
- 2 anglais : Louise Baily, épouse d’Auguste Vandermeere et Helene Fuller à leur service comme bonne d’enfant ;
- 2 saxons : Jean Nicolas de Rivière, Conseiller de légation du roi de Saxe et sa fille Amélie.
- Cette population est à plus de 99% catholique romaine, pour deux calvinistes et un anglican. On y rencontre aussi un récalcitrant, François Lubin, domestique, qui n’a pas voulu indiquer sa religion.
Certains villageois ont des infirmités apparentes : nous avons relevé trois sourds, deux jambes tordues, cinq boiteux, deux paralysés, un borgne et un aliéné à domicile.
Les métiers
Sur l’ensemble de la population, 405 individus (tous âges confondus) ont une activité déclarée, soit 58% des Louveciennois. Sont exclus les rentiers, les pensionnés, les femmes et les enfants sans profession.
22% des personnes ayant une activité officielle sont des épouses et 12,5% sont des jeunes de moins de 20 ans. Les enfants commencent parfois à travailler dès l’âge de 13 ans.
Les métiers de l’habillement comprennent la blanchisserie, la couture, la cordonnerie, la coiffure, la lingerie. La blanchisserie est particulièrement importante car elle fait travailler 64 blanchisseuses. En 15 ans le nombre de blanchisseuses a sensiblement augmenté puisqu’en 1836 celui-ci n’était que d’une vingtaine d’après le recensement.
Les métiers de l’équipement intègrent les artisans du bâtiment (maçons, charpentiers, menuisiers, etc.), des équipements collectifs (cantonniers, employés de la machine, etc.) et des transports (charrons, forgerons, etc.). On y trouve aussi les terrassiers, serruriers, plombiers, peintres, tonneliers et9 carriers.

Lavoir de la rue Georges Blandon, anciennement rue des Bois
Parmi les commerçants, le recensement fait apparaître trois épiciers, deux fruitiers et cinq marchands de vin. Tous travaillent en famille et ont des apprentis.
Dans les services, le tableau récapitulatif du registre fait état de onze employés et fonctionnaires de l’Etat, d’un employé de la commune et de cinq professeurs.
Parmi ces derniers, trois au moins sont employés par la pension de Jean-Louis Grémy (Grande rue) qui instruit quarante-deux garçons de 9 à 14 ans (en 1851), non compris dans le recensement.
Pour l’anecdote, Jean-Louis Gremy héberge sous son toit son frère qui est curé, ses domestiques François Foreau et Annette Gaine, sa lingère Sophie Moreau et sa cuisinière Nanette Roulier ainsi que trois jeunes professeurs.
Jean-Marie Saunier

Alfred Sisley, Louveciennes, sentier de la Mi-Côte
Louveciennes, sentier de la Mi-Côte, dit autrefois Hauteurs de Marly. Peinture à l’huile (1873) actuellement au Musée d’Orsay, Paris.
La ferme de la mi-côte a été peinte après le recensement de 1851 mais elle existait déjà à cette date. La ferme ainsi que le chemin de la mi-côte qui mène à la Seine appartiennent au Syndicat mixte pour la gestion des eaux de Versailles et de Saint-Cloud. Le sentier fait partie du circuit des Impressionnistes. Une convention conclue entre le Syndicat et Louveciennes prévoit une mise à disposition de la voie à la commune, à titre gratuit, à charge pour elle d’assurer l’entretien de la voie et des abords.