Les dénombrements de la population de Louveciennes (2)

…Le dénombrement de 1817

Le Cercle Généalogique et Historique de Louveciennes (CGHL) a réalisé un vaste travail d’étude des dénombrements réalisés dans notre village au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Après l’article consacré au dénombrement de 1793, Annette Thirion nous présente ici les résultats du dénombrement de 1817 qui porte les marques des profonds bouleversements entrainés par la Révolution et l’Empire napoléonien.

Louveciennes en 1817 

Depuis le dénombrement de 1793, le paysage urbain de notre village n’a pas trop changé. La commune de
Louveciennes est composée de huit villages, hameaux ou lieux dits : Louveciennes même, Prunay, la ferme du Prunay, le Bas Prunay, la Machine, Voisins, le Cœur volant et les Deux Portes. Une demeure particulière a été construite en 1795, sous le Directoire, le château Beauséjour, notre mairie actuelle.

L’église est un peu différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Elle est plus longue et son clocher d’origine est décrit comme étant octogonal. Cet édifice est, en ce début de siècle, dans un tel état de vétusté que cela fait craindre pour la sécurité publique, aussi une démolition partielle est jugée plus économique qu’une restauration totale (conseil municipal du 1er février 1818). C’est ainsi que la nef sera amputée, en 1818, de deux travées ; la place du village s’en trouve agrandie. Il faudra attendre 1833 pour la démolition du clocher et son remplacement par un autre clocher en bois, le « pigeonnier » ainsi dénommé par Victorien
Sardou.

Le cimetière se trouve au cœur du village, à l’emplacement de notre actuelle place des Combattants. Il sera déplacé sous les,arches quelques décennies plus tard.

L’année 1817 marque la fin de la première machine de Marly. Celle qu’a connue Louis XIV va être détruite après plus de 133 années de bons et loyaux services. Le 23 août, elle fonctionne pour la dernière fois et une machine provisoire prend le relais dès le lendemain, le 24 août, le jour de la fête du roi.

Le dénombrement

Le dénombrement est dressé en exécution de la circulaire de M. le Préfet du 25 janvier 1817. NicolasCharlot, sixième maire de la commune, est chargé de le mettre en oeuvre. Il sera terminé au mois
de mars.

Par rapport au dénombrement de 1793, les renseignements suivants ne sont plus indiqués : le lieu de naissance, l’ancienneté dans la commune, le lieu de résidence avant d’habiter à Louveciennes ainsi que l’activité et l’éligibilité. Par contre, le lieu de la résidence est plus précis. Quant aux membres du sexe féminin, l’âge est, cette fois-ci, indiqué et parfois la profession.

La population en quelques chiffres

La population de Louveciennes s’élève au 1er avril 1817 à 720 individus répartis en 204 foyers.

Les foyers sont composés en moyenne de 3,5 personnes. Le nombre moyen d’enfants par foyer
est d’environ 1,3 enfant ; 17 foyers ont plus de 3 d’enfants. Cela paraît peu, mais il ne faut pas oublier qu’un dénombrement donne une indication sur la composition familiale à un instant T et ne tient pas compte bien sûr des enfants décédés avant ou nés après le recensement ainsi que ceux ayant quitté le foyer.

Évolution de 1793 à 1817

Par rapport au dénombrement de 1793, Louveciennes a perdu 356 habitants (soit 33 %), et ce, bien que ses limites géographiques se soient étendues. Les grandes demeures telles que le château de Louveciennes et de Mme du Barry sont toujours là, mais leurs illustres occupants, Mme du Barry et Mr Alexis Magallon de la Morlière ainsi que leur maisonnée n’y sont plus. De même, le pensionnat de jeunes garçons n’apparaît
plus.

Dans sa thèse de doctorat, rédigée en 1970, « Recherche sur la population de la Seine-et-Oise dans la première moitié du XIXe siècle », si Catherine Rollet note une faible diminution de la population du département de 4 %, elle fait par contre émerger qu’au cours de la période de 1792 à 1817, les villes comme
Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Rueil-Malmaison, Sèvres, Meudon, Saint-Cloud et Marly-le-Roi, sont plus touchées avec une diminution de 27 %. Louveciennes, proche de Versailles et de Marly-le-Roi, subit donc le même sort que ces villes royales.

L’histoire de France nous en donne des explications. La Révolution française a fait émigrer la noblesse. Le roi et la cour ont quitté Versailles avec leurs gens de maison.

La guillotine a fait son œuvre. Les châteaux de Versailles et de Marly sont désertés, aussi les gardes suisses stationnés à Louveciennes n’ont plus de raison d’être. Les administrations sont rapatriées sur Paris qui reprend le pouvoir sur Versailles. Puis ce sont les guerres révolutionnaires et enfin les guerres napoléoniennes particulièrement meurtrières qui font des coupes sombres dans la population masculine.

Les visages des Louveciennois

La gent féminine est plus importante (54,4 %) que la gent masculine (45.6 %).

À la lecture des noms de famille (1), nous retrouvons 285 patronymes différents avec dans le trio de tête les Thuilleaux, Martin et Grenet.

Répartition des âges

L’âge médian (2) des personnes du sexe masculin est de 28 ans comme au précédent dénombrement de 1793. Par comparaison, l’âge médian en France est estimé en 2012 à 38 ans. 17 hommes ont plus de 70 ans, dont le doyen (Laporte Pierre, rentier) âgé de 88 ans.

Concernant les personnes du sexe féminin, l’âge,médian est de 26 ans[1]. Toujours par comparaison, l’âge médian en France est estimé en 2012 à 40 ans. Comme pour les hommes, il y a 17 femmes qui ont plus de 70 ans, dont la doyenne (Bridoux Charlotte, veuve) âgée de 88 ans.

Les métiers

Concernant les hommes, l’étude du dénombrement fait ressortir 70 professions. Elle met en évidence une population importante tournée vers les métiers de la terre. On trouve des vignerons, des cultivateurs (cette dénomination de profession n’apparaît pas sur le dénombrement de 1793) et des jardiniers. À eux seuls ces
trois métiers représentent 32 % des hommes exerçant une profession. À côté de cela on trouve de nombreux journaliers qui doivent en partie se consacrer à des travaux agricoles.

Les autres professions sont nettement moins importantes (<4%) avec en tête : les charpentiers, les domestiques et les forgerons.

D’autres métiers sont plus atypiques pour notre époque actuelle : compagnon charron, « chartier » ou perruquier. À noter aussi la présence d’un couple de mendiants et leur fille de 14 ans.

Nous constatons qu’en 1817 des métiers disparaissent naturellement par rapport à 1793, tels que chef d’office ou laquais du fait de l’extinction de la maisonnée de Mme du Barry tandis que d’autres disparaissent
sans explication, comme aubergiste par exemple. Certains métiers changent de nom : il n’y a plus de boulanger, mais… un maître de pain ! Le dénombrement de 1817 fait apparaître des « maîtres » à foison :
maître ambulant, maître boucher, maître coquetier, maître de vin, maître de pain, maître épicier, maître verrier.

Pour les personnes du sexe féminin, malheureusement, la profession n’est indiquée que pour un
faible pourcentage (19 %) des personnes ayant plus de 14 ans (rappelons qu’à cette époque la scolarité n’est pas obligatoire). Il ressort 13 professions,celles venant en tête étant les domestiques et les journalières, ce qui représente environ 57 % des femmes indiquées comme ayant une profession.

Il est général admis qu’à Louveciennes, comme dans d’autres petits villages de la Seine-et-Oise
assimilée à la campagne, des enfants étaient confiés en nourrice. Toutefois, lors de ce dénombrement nous ne relevons la présence que de trois nourrissons uniquement. En particulier, deux frères âgés de 17 mois et 2 mois sont confiés à deux femmes toutes deux veuves, l’une âgée de 60 ans et l’autre qui est notre

doyenne de 88 ans, Charlotte Bridoux.

Les figures importantes du village

– Le maire, Nicolas Charlot, âgé de 57 ans, demeurant au lieu-dit « Deux Portes » avec son épouse, Madeleine Angélique âgé de 52 ans. Mr Charlot est également cultivateur.

– Le curé, Pierre Armand Le Roy, 57 ans, demeurant à Louveciennes avec une femme de confiance Helaine
Laine
âgée de 44 ans et le fils de cette dernière, Édouard Armand Laine, âgé de 8 ans.

– L’instituteur : Blaise Nicolas Jorre, 65 ans, demeurant à Louveciennes et vivant avec son fils, Étienne Alphonse Jorre, forgeron, âgé de 26 ans.

– Mme Vigée Le Brun n’apparaît pas sur le recensement de 1817, car elle habite Paris et n’occupe sa résidence de Louveciennes qu’aux beaux jours.

Annette Thirion

(1) Le patronyme inscrit pour les femmes est celui de leur naissance.

(2) On ne peut pas faire de comparaison avec le dénombrement de 1793, du fait que
celui-ci ne donnait pas l’âge des personnes du sexe féminin.

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