Le château Louis XIV, du rêve à la réalité

Série de l’été (4/6)

« C’est un projet de longue date que j’avais conçu et dessiné il y a plus de quinze ans. Je l’ai gardé en espérant pouvoir trouver un jour le terrain idéal… » C’est en 2008 qu’Emad Khashoggi découvre la propriété du Camp, son histoire et son emplacement unique, à quelques kilomètres de Versailles et de son château.
Pour son projet, Emad Khashoggi épaulé par l’équipe de sa société la Cogemad réunit les compétences nécessaires pour le mener à bonnes fins. Pierre Bortolussi, architecte en chef des monuments historiques a prodigué ses conseils notamment pour les façades et les toitures, Jean-François Régis, l’architecte-paysagiste a fait de même pour les jardins.

Un chantier unique
Emad Khashoggi s’appuie sur des entreprises spécialisées dans la restauration de monuments historiques. 24 des entreprises partenaires sont labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant et ont à leur actif des restaurations comme le Grand Palais, l’opéra Garnier, le Château de Versailles. De nombreux corps de métier vont intervenir : sculpteurs, mosaïstes, peintres, doreurs, ferronniers, ébénistes, marbriers, paysagistes, horlogers, couvreurs, charpentiers, chaudronniers… (1)
On a commencé par démolir la demeure bourgeoise du XIXème siècle qui était dans un état déplorable pour faire place aux fondations du futur château. Les travaux vont durer deux ans et demi, ce qui est exceptionnel court surtout si on le compare au vrai château de Vaux-le-Vicomte dont la construction s’est étalée sur cinquante ans. Il est vrai qu’avec les techniques et les matériels modernes tout va beaucoup plus vite. Mais si les bases sont en béton, le reste a été réalisé comme à l’époque. Ainsi la charpente a été assemblée à l’ancienne avec un système de tenons et de mortaises, puis recouverte d’ardoises d’Angers, pour la façade, 13.000 éléments de pierre de de Saint-Maximin ont été posées, les bas-reliefs ont été sculptés à la main.
Le bâti et les décors ont été réalisés simultanément. 120 ouvriers et artisans en moyenne travaillait côte à côte chaque jour sur le chantier.

(Le château Louis XIV – Phase de construction – Photo Cogemad)
(Le château Louis XIV – Photo prise à l’occasion de la visite de l’amicale des anciens du groupe GTM)

Un palais de 7.000 m2 de plancher posé sur un parc de 23 hectares
Au rez-de-chaussée du château, les réceptions, plusieurs pièces possèdent des plafonds peints, comme le hall monumental et la salle à manger. Ces fresques en trompe-l’œil, peintes en atelier, puis collées et marouflées, ont été inspirées des œuvres réalisées par Charles Le Brun pour le château de Vaux-le-Vicomte, et de différents décors du château de Versailles. Ainsi l’imposant plafond peint de la coupole du grand salon s’inspire d’une Allégorie de l’Aurore, projet de Charles Le Brun pour Vaux-le-Vicomte n’ayant jamais été réalisé. La maquette existait mais n’avait jamais pu être exécutée.

(Le plafond peint de la coupole du grand salon – Photo Cogemad)
(Les ferronneries de l’escalier d’honneur reproduisant un motif à palmettes du XVIIIème siècles, découvert dans les Archives de Bordeaux – Photo Cogemad)

Le premier étage accueille un appartement de maître de 300 mètres carrés, avec quatre chambres, autant de salles de bains en marbre et un espace pour les invités d’une surface équivalente.
Poussant très loin le secret, le promoteur n’a pas donné de description précise de cet étage, ni publié la moindre photo.
De nombreux décors du XVIIe siècle sculptés dans le bois enrichissent les intérieurs. Une des pièces maitresses réside dans la monumentale porte d’entrée entièrement sculptée dans le chêne en haut relief et à la main, elle représente le roi-soleil à cheval, triomphant en empereur romain et couronné par une victoire. Cette œuvre s’inspire d’un modèle du salon de la guerre du Château de Versailles.
200 lustres et appliques, tous des pièces uniques fabriquées à la main, qui ont été choisis dans le catalogue de la célèbre maison Delisle, illuminent le château

 

(Pièces d’apparat- Photo Cogemad)

Le sous-sol est réservé aux loisirs. On y trouve une piscine intérieure, avec bassin extérieur chauffé, en contrebas de la terrasse située trois mètres au-dessus. Mais aussi un terrain de squash, une salle de fitness, un hammam, une salle de cinéma de vingt places, une discothèque,…
Sous l’entrée, deux cuisines artisanales réalisées sur-mesure, un cellier.
Sur la façade du château, a été accrochée une véritable horloge monumentale en bronze et en émail identique à celle située en façade du château de Versailles.

« Un monstre de technologie »
Pour Emad Khashoggi le château représente « la réalisation d’un rêve » mais aussi « un défi, celui de réaliser un monstre de technologie dans une enveloppe fragile sculptée de jour en jour par de merveilleux artisans. »
Une enveloppe du XVIIème, une technologie du XXIème siècle. Quelques exemples : deux ascenseurs se dissimulent dans les décors de marbres et les lambris, l’eau destinée à la dizaine de salles de bains est chauffée par des panneaux solaires, la climatisation réversible demeure invisible au premier coup d’oeil, le froid et le chaud circulent par de minuscules trous percés dans le marbre. La fontaine, la sono, les éclairages et l’air conditionné ultra-silencieux, par exemple, peuvent être pilotés à distance via iPhone.
Le parc et les jardins
Les jardins sont à la française. Emad Khashoggi a demandé à Jean-François Régis, le paysagiste, de s’inspirer des dessins des parterres créées pour Versailles comme des recherches des perspectives que Le Nôtre a effectué à Vaux-le-Vicomte.

(Vue du parc – photo Cogemad)

« La statuaire du parc était très ambitieuse. Ce fut une expérience enrichissante, notamment quand il a fallu sculpter l’immense statue de Louis XIV en marbre de Carrare, et reproduire la fontaine du Bassin du Char d’Apollon de Versailles.» (Louis Lamborot, Directeur de l’entreprise 3D Pierre)

(Statue de Louis XIV – en marbre de Carrare, sculptée d’après un bronze d’Antoine de Coysevox – Photo Cogemad)

La reproduction du ­bassin du char d’Apollon à Versailles est plus petite échelle que l’original mais il en respecte les proportions. Ce sont les Ateliers Gohard qui ont posé la fine feuille d’or après plusieurs couches d’apprêts sur les sculptures du char d’Apollon « Tout l’art du doreur est d’épouser tous les reliefs subtils de la sculpture, en piquant du bout du pinceau, sans la briser, la feuille de deux micros d’épaisseur. C’est extrêmement difficile. »

(Fontaine d’Apollon sculptée dans la pierre et dorée à la feuille – Photo Cogemad)

Derrière les tilleuls on devine un parc à l’anglaise. Aux hasards de la promenade, on découvre écuries et manèges, terrain de tennis, fermette peuplée de chèvres (clin d’oeil à Marie-Antoinette ?), potager, verger, labyrinthe végétal en ifs taillés.

Sources

Pour rédiger cet article, nous nous sommes appuyés principalement sur le numéro spécial (hors série) de la revue « Connaissance des arts » consacré au « Château Louis XIV », Hors-série n°534, paru le 15 mai 2012, 48 pages. Ce numéro a été commandé et financé par le promoteur, la Cogemad.

Une « visite virtuelle » du château est possible en visionnant la video de Connaissance des Arts disponible sur You Tube en utilisant le lien suivant >>>
https://www.youtube.com/watch?v=5vd0_qzdBh4

(1) Parmi les principales entreprises missionés on peut citer :
Lainé Deleau, filiale du groupe Vinci (gros oeuvre, pierre de façade, charpente, couverture, étanchéité)
Degaine, filiale du groupe Vinci (façade pierre)
Delisle (luminaires intérieurs et lanternes de façade)
Atelier Mériguet-Carrère (décors peints et dorures intérieures)
Ateliers d’oeuvres de Forges (ferronnerie portail d’entrée, rampes, gardes de corps)
Jean-Claude Ragnini (marbres)
3 D Pierre (sculpture de taille de l’ensemble des parements et des statues et notamment celles du bassin d’Apollon)
Ateliers Gohard (dorures)
La Cornue (cuisine de maître et de chef)

Cette publication a un commentaire

  1. Antoine

    Merci pour cet article qui remet en avant cette magnifique réalisation au sein de notre belle commune.
    Malheureusement, il semble que les bassins connaissent quelques déboires car ils ont été vidés et sont en travaux (étanchéité?).

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