L’aménagement du site de Villevert, une nouvelle fois, compromis

Un nouveau chapitre vient de s’inscrire dans l’interminable feuilleton concernant l’aménagement contrarié des terrains de Villevert. Démarré en 2004 à la suite du départ de Bull, de nombreux épisodes se sont enchaînés que les lecteurs attentifs de La Tribune de Louveciennes ont pu suivre.

Où en sommes nous en ce début d’année 2025 ?

Un projet porté par deux groupes de promotion immobilière, Horizon et VIAE, a été présenté et consiste en l’aménagement, sur le site de près de 22,7 ha, d’un quartier mixte d’une surface de plancher de 130.000 m2 comprenant des logements, des résidences gérées, un hôtel, des bureaux, des commerces, un groupe scolaire, une crèche, un village des sports, etc. (1)

(Esquisse architecturale proposé par VIAE Horizon)

Dans la foulée un permis d’aménager concernant une première phase a été déposé en Mairie.

Trois obstacles viennent de se mettre en travers de ce projet.
Le premier obstacle
tient à l’annulation par la Cour administrative d’appel de Versailles  du Plan local d’urbanisme (PLU) de Louveciennes, dans sa dernière version de décembre 2017 qui définissait des droits à bâtir sur ces terrains. Certes la commune s’est  pourvue en cassation auprès du Conseil d’Etat mais cette procédure risque d’être longue et son succès n’est pas assuré. Dans cette attente on est renvoyé au PLU de 2013 qui classait les terrains de Villevert en « périmètre d’attente ». Par ailleurs, ne voulant pas rester dans l’’expectative, la Mairie a lancé une nouvelle révision du PLU, qui tout en intégrant les dispositions législatives et réglementaires les plus récentes, s’inscrit pour le moment, et pour l’essentiel, dans les pas de celui de 2017, à l’’exception de Villevert qui se trouve à nouveau classé en attente, plus précisément en « Périmètre d’attente de projet d’aménagement global (PAPAG) » (2).

Le deuxième obstacle est constitué par la critique extrêmement sévère du projet par la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) d’Île-de-France et dont la conclusion de son rapport est sans appel : « Compte-tenu de la situation enclavée du site, à l’écart de tout tissu urbain constitué et d’infrastructures de transports en commun lourds et de l’environnement atmosphérique et sonore dégradé par la proximité directe de grandes infrastructures routières, l’Autorité environnementale recommande de renoncer à un programme d’aménagement comportant des logements, des hébergements résidentiels et des équipements accueillant des publics sensibles et induisant une dépendance à la voiture individuelle. » Cet avis est accompagné de 30 recommandations (3). Il s’agit il est vrai d’un simple avis pour permettre aux autorités compétentes de prendre la décision d’autoriser ou non le projet. On peut cependant déjà conclure que la copie soumise par VIAE Horizon est des plus médiocres et est à revoir fondamentalement.

Le troisième obstacle est constitué par l’éventuelle implantation sur le site de Villevert d’un centre d’exploitation et de maintenance destiné au métro Grand Paris Express, à proximité de la ligne 18 (section Versailles-Nanterre). Un arrêté préfectoral en date du 16  septembre 2024 (4) gèle pour une durée de 2 ans l’intégralité des terrains le temps de l’étude. Des installations similaires existent en Région parisienne, celle de Vitry-sur Seine par exemple se déploie sur 4 hectares. A moins que les installations ne soient souterraines, ce projet s’il se concrétise, risque de ne pas respecter « la forte sensibilité paysagère et patrimoniale du site », loin de là.

(Centre de maintenance et d’exploitation de Vitry-sur-Seine) 

Quelques mots sur le projet de Horizon VIAE

Le projet porté par Horizon et VIAE prévoit de réaliser sur les 22,7 ha du site de Villevert un quartier mixte d’une surface de plancher de 130.000 m2. 

Ces 130.000 m2 de surface de plancher se décomposeraient en environ 60.000 m2 pour les logements, 20.000 m2 pour les résidences gérées et 50.000 m2 pour les activités économiques (sans que le total n’inclue les équipements publics envisagés comme l’a fait remarquer la MRAe). 

Deux phases sont prévues :

  • une première phase de 83.797 m2 de surface de plancher comprenant 369 logements familiaux (150 logements sociaux et 219 logements libres), une résidence intergénérationnelle de 140 logements, une résidence services seniors de 130 logements, un hôtel, une résidence hôtelière, des bureaux et espaces de « co-working », des locaux d’activités (PME/PMI), une halle marchande, des commerces, un village des sports, une école ainsi qu’une crèche ; 
  • une deuxième phase de 54 374 m2 de surface de plancher comprenant 491 logements familiaux (50 logements sociaux et 441 logements libres), une résidence jeunes actifs de 100 logements et des locaux d’activité (PME/PMI). 

Sur ce projet, la commune s’est déjà prononcée défavorablement. Il s’éloigne des conceptions des équipes municipales qui se sont succédées, celles d’André Vanhollebeke et de Pierre-François Viard, qui privilégiaient la vocation économique du site. Ainsi dans le PLU de 2017 le nombre de logements était limité à 350 alors que dans la programmation de VIAE Horizon on en arrive à un total de 1.230 logements qui se décompose comme suit :  860 logements familiaux, 140 logements pour la résidence intergénérationnelle, 130 logements pour une résidence service sénior, 100 logements pour une résidence jeunes actifs. La différence est énorme.  

En revanche, l’accent mis sur les logements irait dans le sens des volontés de l’Etat qui avait rappelons-le émis un avis défavorable au PLU de 2017 en raison justement de l’insuffisance du nombre de logements (5). On aimerait entendre le Préfet mais celui-ci pris par ses obligations protocolaires, les impératifs de sécurité, a certainement peu de temps pour se plonger dans ce dossier d’autant plus que ses fonctions dans le Département sont de courte durée. Ce sont en réalité les bureaux avec leur logique qui agissent dans ce domaine. 

Se réveiller

Il est indispensable que les élus de Louveciennes appuyés par la population disent clairement ce qu’ils souhaitent pour le devenir du site de Villevert. Le PLU constitue à cet égard une carte sinon maîtresse tout au moins importante dans leur jeu. Envisager plus de 1.000 logements de divers types sur le site de Villevert qui s’additionneraient aux 860 prévus au Chesnay-Rocquencourt, sur l’ancien site de l’Inria,  de  l’autre côté de l’autoroute, nous promet des conséquences redoutables, en terme de déplacements sur des axes comme la RN 186 considérée déjà comme surchargée. Il faut certes encourager les déplacements doux mais penser qu’ils puissent être une réelle alternative à la voiture est d’une grande naïveté. On a nettement l’impression d’avoir affaire à des apprentis sorciers – extérieurs à la commune – qui nous préparent un chaos futur « à l’insu de leur plein gré ».

FK

  1. Le projet d’Horizon VIAE figure sur un site internet dédié > https://villevert-louveciennes.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=1&catid=2
  2. Dans le cadre du PLU en cours de révision, le classement du site de Villevert en « Périmètre d’attente de projet d’aménagement global (PAPAG) » est justifié pour «  laisser le temps à la commune et à ses habitants de prendre connaissance de l’ensemble des enjeux, des contraintes et des potentialités du site pour y définir conjointement et de façon éclairée un projet d’urbanisation de ce secteur».
  3. Avis en date du 5 novembre 2024 de la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) d’Île-de-France sur le projet d’aménagement du site de Villevert à Louveciennes (78) > https://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2024-11-05_louveciennes_78_projet_villevert.pdf
  4. Arrêté préfectoral du 16 septembre 2024 portant prise en considération de la mise à l’étude du projet d’aménagement d’un réseau de transport public du Grand Paris (Ligne 18 Nor) sur le secteur de « Villevert » sur la commune de Louveciennes > https___www.ma
  5. Article de La Tribune de Louveciennes du 31 mai 2017 > Avis défavorable de l’Etat sur le PLU révisé. Se soumettre ou passer en force ? > https://louveciennestribune.fr/avis-defavorable-de-letat-sur-le-plu-revise-se-soumettre-ou-passer-en-force/

Cet article a 4 commentaires

  1. Philippe Jacques

    Nul besoin de réveiller les élus ! Avec l’appui plusieurs fois exprimé par la population, la Mairie travaille en vain depuis plus de 20 ans sur l’avenir de ce terrain privé… L’Etat a enfin révélé pourquoi il voulait que ce terrain reste en jachère, pour répondre en temps utile à ses besoins ! Ils ont tué un à un tous les projets, et vont continuer à abattre leurs cartes une à une, avec tous les atouts ! Il s’agit de besoins publics, et il faut maintenant y rechercher des opportunités pour les Louveciennois, notamment en moyens de transport, ferré via la ligne 18 ou routier via l’A13 ! Il vaut mieux se battre dans le sens du courant…

  2. Le ver est dans le fruit

    On patauge depuis plus de 20 ans. Le ver est dans le fruit. C’est la faute de l’Etat à qui appartenaient ces terrains à l’origine. Bull, détenu par l’Etat, le champion tricolore de l’informatique, était en très grande difficultés financières. Faute de pouvoir le subventionner (en raison du veto de Bruxelles) les pouvoirs publics d’alors (gouvernement Jospin) ont mis au point l’entourloupe suivante : l’Etat cède le terrain à Bull pour le franc symbolique, celui-ci revend aussitôt le terrain pour 50 millions à … Canal + , entreprise dirigée par Rousselet, bichonnée par Mitterand. Canal+ comptait un temps y installer son siège puis a finalement renoncé. Le terrain est ensuite passé de main en main, des fonds luxembourgeois, un chocolatier strasbourgeois pour finir par Unibail (qui a vraisemblablement fait une promesse de vente à Horizon Viae).
    Philippe Jacques vous avez raison de souligner le rôle tortueux de l’Etat (on peut rajouter celui de Bédier, Pt du département, dont le passé sulfureux va dans ce sens).
    Le poids des élus et des Louveciennois compte peu quoiqu’en pense le rédacteur de l’article.

  3. Philippe Jacques

    Effectivement, on peut remonter 30 ans en arrière, où le comportement de l’état a été encore plus douteux.

  4. Nathalie

    Un centre de mainteance. Quelle horeur ! A quelques encablures du chateau de Versailles. Le préfet perd la boule

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