Suite de l’entretien avec Florence Esnault, maire-adjoint à la Petite enfance, la Famille, les Seniors et l’Action sociale
…/…
TL – La population de Louveciennes est vieillissante. Les seniors ont des attentes en matière de services pour « bien vieillir ». Ces attentes dépendent beaucoup de facteurs personnels (l’état de santé, la plus ou moins grande autonomie, l’environnement familial,…). Avez-vous identifié les services que la commune peut offrir (étant entendu que des services essentiels comme la santé sont proposés par d’autres entités) ? Quels sont-ils ? Quelle est leur fréquentation ? Quelle est la tarification adoptée ?
Florence Esnault – Nous sommes en effet face au vieillissement de la population, les plus de 75 ans sont en énorme augmentation. Nous le voyons au niveau du CCAS où notre responsable du pôle senior faisait à l’origine surtout du lien social, de l’animation. Aujourd’hui 40 % de son temps est consacré à la gestion de personnes à domicile.
Le pôle senior offre aux personnes âgées une gamme de services : les repas portés à domicile, les repas pris à la Maison Amanda, les transports collectifs pour faire des courses (Saint-Germain-en-Laye, Parly II, Marly-le-Roi), des sorties culturelles, de l’animation, des activités sportives, de prévention, de l’aide au numérique ….. A compter de septembre, nous mettons en place l’expérimentation sur le transport à la demande pour faciliter les déplacements indispensables, notamment vers les hôpitaux et centres de soins avoisinants.
Des tarifs différenciés sont appliqués selon que la personne est soumise ou non à l’impôt sur le revenu.
Pour les personnes âgées vivant à domicile, en cas de difficultés (suites opératoires, maladie, pertes de mémoire) nous pouvons jouer le rôle de facilitateur, on fait du relationnel. Pour ma part, je suis administrateur du dispositif d’appui à la coordination basé à la Maison Saint-Joseph. Quand on est saisi d’un dossier, on le transmet. A ce moment le dispositif se met en relation avec les médecins qui eux ont toute la panoplie.
On s’aperçoit que nous sommes entrés dans une nouvelle époque où les familles sont décomposées. On pense souvent qu’il s’agit de jeunes mais cela touche également les générations plus âgées dont les enfants n’habitent plus en région parisienne, les liens sont parfois distendus. Par contre, si on appelle les enfants pour leur signaler une difficulté, je dirai que 8 fois sur 10, ils interviennent. Souvent ils nous disent « Je ne comprends pas, ma mère/mon père m’ont dit que tout va bien » Les parents n’aiment pas demander de l’aide.
La situation a tendance à s’aggraver. L’âge moyen d’entrée dans les maisons de retraite est maintenant de 87 ans. Aux problèmes de mobilité s’ajoutent souvent des troubles cognitifs.
Les métiers du secteur social n’attirent plus. Certains objectent qu’il n’y a pas de télétravail dans les crèches ou quand vous travaillez pour des personnes âgées !
On constate une certaine fuite devant le travail. C’est peut être bizarre, les gens ont l’impression d’être mieux valorisés pour travailler devant un écran que devant des humains, qu’il s’agisse de tout petits, de personnes âgées, ou de personnes handicapées. Le dévouement dans le social, incarné dans le passé par les bonnes soeurs, se raréfie !
C’est malheureusement l’évolution de la société qui pousse à l’individualisme, celui-ci a pris une place beaucoup trop importante. La crise du Covid n’a pas aidé.
TL – Vous vous êtes impliquée dans la création d’une ou plutôt de deux maisons médicales à Louveciennes. Peut-on déjà tirer un bilan de ces réalisations ? Est-ce que leur but va au-delà d’une simple colocation pour des professionnels de la santé ?
Florence Esnault – Louveciennes est une petite commune. Ce qu’on a fait, c’est d’offrir des conditions qui permettent aux médecins généralistes de rester et à d’autres de s’installer. Nous avons voulu lutter contre la désertification médicale, que les médecins présents n’aillent pas ailleurs.
Après entre eux, cela reste des professions médicales et paramédicales très individualistes. Certains travaillent énormément entre eux, d’autres non. Certains ont le même logiciel, d’autres non.

TL – Vous occupez depuis quelques années la fonction de maire-adjoint aux Affaires sociales. Comment concevez-vous votre rôle ?
Florence Esnault – Il s’agit d’un secteur passionnant qui touche à l’humain. Le plus gros de la commune. J’y consacre énormément de temps, je suis consultée sur de nombreux dossiers. Mais c’est gérable. Nous formons un bon groupe.
Il est important pour les services de savoir que s’il y a des difficultés, ils peuvent compter sur moi. Je n’ai aucun état d’âme pour défendre les agents lorsqu’ils sont pris à partie par les administrés. Je ne tolère pas qu’on les insulte. Depuis le Covid, dans des proportions effrayantes, nombre de gens déverse leur agressivité sur les services qui sont en première ligne.
A l’inverse, je sais aussi intervenir pour un administré en difficulté, qu’il n’ait pas eu de réponse du service à son problème ou qu’il ne comprenne pas la réponse. De nombreux Louveciennois apprécient nos prestations. Ainsi les familles dont les enfants quittent la crèche nous envoient souvent des messages très encourageants, très positifs et les seniors ne sont pas avares dans leurs remerciements. C’est très valorisant pour les équipes !
La commune est un échelon institutionnel de proximité, le dernier sans doute, où nous pouvons avoir directement une action qui améliore la vie quotidienne des administrés.
Il y a un équilibre à trouver !
(Propos recueillis par Francois Kremper en juillet 2025)