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Brigitte Bardot s’en est allée le 28 décembre 2025 à l’âge de 91 ans. Plus que l’idole des années 1950/1970, nous garderons dans le fond de nos rétines son apparition inoubliable dans trois grands films. « En cas de malheur » (1958) de Claude Autant-Lara où elle donne la réplique à Jean Gabin, « La vérité » (1960)de Henri-Georges Clouzot, où elle s’est révélée grande actrice, « Le mépris » (1963) bien sûr de Jean-Luc Godard où elle avait comme partenaires Michel Piccoli, Jack Palance, Fritz Lang dans décor sublime de la villa Malaparte à Capri et magnifié par la musique inoubliable de Georges Delerue. Parmi les 46 films qu’elle a tournés jusqu’en 1973, année de son renoncement au cinéma, on pourrait citer bien d’autres oeuvres plus charmantes, comme « Les Grandes Manoeuvres » (1955) de René Clair où elle forme avec Yves Robert un couple touchant contrastant avec celui plus pathétique incarné par Michèle Morgan et Gérard Philippe. Mais nous arrêterons-là ces références cinématographiques puisque notre sujet principal est la relation de Brigitte Bardot, adolescente, avec Louveciennes.
Pour commencer, posons quelques jalons qui expliquent la naissance du mythe.
Brigitte Bardot est née le 28 septembre 1934 à Paris, elle grandit dans une famille bourgeoise des beaux quartiers. Le père Louis Bardot est industriel, patron des Etablissements Bardot (air et oxygène liquide). Enfant elle se rêve danseuse classique. A 13 ans, elle intègre le Conservatoire puis rejoint les cours d’un ancien des ballets russes, Boris Kniassef, qui a été le maître sévère de Zizi Jeanmaire et de Leslie Caron. Elle va cependant s’éloigner des pointes mais gardera de ses dix ans de danse classique une démarche inimitable.
Brigitte Bardot mannequin
Brigitte Bardot fait ses débuts de mannequin en 1948 pour mettre en valeur les chapeaux, robes et autres tenues créés par sa maman, Anne-Marie Bardot. Après un premier défilé, elle devient mannequin junior pour la maison de couture Virginie Jeune Fille qui propose des tenues style « college » et sport.
A l’âge de treize ans, Brigitte Bardot remplace au pied levé une jeune fille pour une photo dans Jardin des Modes, un hasard qui lance sa carrière de modèle pour les magazines. Début 1949, Marie-France de La Villehuchet, une amie de sa mère et rédactrice de Jardin des modes junior, lui fait faire une série de photos et une couverture.
BB, icône de la jeunesse pour « Elle »
Sa mère a pour amie Hélène Gordon Lazareff, fondatrice et directrice du magazine féminin « Elle », femme de Pierre Lazareff, l’homme de « France Soir » ; lecouple est loin d’être inconnu à Louveciennes où dans leur demeure de « La Pelouse » ils reçoivent le dimanche tous ceux qui comptent dans le monde politico-culturel de la IVème République (1).
Hélène Lazareff remarque BB et la choisit pour faire la couverture du numéro spécial du 2 mai 1949 de « Elle » dédié aux jeunes filles et leurs mères, intitulé « Vos parents et vous, vos enfants et vous ». Le 8 mai 1950, Brigitte reparaît debout derrière sa mère, en couverture du numéro spécial de Elle qui porte la légende : « Les jeunes filles sont-elles détestables ?

(La couverture de Elle du 8 mai 1950)
Le magazine la met en avant comme une nouvelle icône de la jeunesse française et lui donne par là une visibilité nationale.
La rencontre avec Roger Vadim
Au cours de l’hiver 1950 elle tombe amoureuse de Roger Vadim Plemiannikov. Elle a 16 ans, lui 22 ans.
Ils se sont rencontrés lors d’une audition pour un film projeté par Marc Allégret, où Vadim était assistant-réalisateur (ce projet, Les lauriers sont coupés, ne s’est finalement pas concrétisé). Il est également reporter-photographe à Paris Match ce qui va aider la carrière de Brigitte bien introduite auprès du pool des photographes du magazine.
Cette relation se heurte à l’opposition très forte des parents de Brigitte, qui la menace de l’envoyer en pension en Angleterre ; Brigitte tente de se suicider, ce qui a finalement conduit ses parents à accepter la relation… à condition qu’ils attendent qu’elle ait 18 ans pour se marier.

(Une photo de Walter Carone pour Paris Match montre la famille Bardot (les parents, Brigitte et Mijanou, le grand père maternel) entourant un Roger Vadim épanoui lors d’un déjeuner pris en commun. Cliché pris vraisemblablement en 1952 à un moment où Vadim a été adoubé par les parents.)
Ils vont finalement se marier le 20 décembre 1952, trois mois après les 18 ans de Brigitte. On connaît la suite et notamment la déflagration représentée par le film « Et Dieu… créa la femme » en 1956, film qui l’a rendue mondialement célèbre.
Le grand reportage photo réalisé à Louveciennes
On arrive aux fameuses photos prises à Louveciennes en mai 1952.
Les photos ont été prises par le photographe Walter Carone dans la résidence secondaire de la famille Bardot située au 17 rue du Général Leclerc souvent appelée le « pavillon norvégien » ou le « chalet Bardot » (3).
Le reportage a été publié par Paris Match dans son numéro du 31 mai 1952. Il a été intitulé « Cette jeune fille sera célèbre dans l’année », où elle est comparée à « la nouvelle Leslie Caron ». Il marque l’un des premiers grands articles de presse qui ont contribué à la lancer sur un plan médiatique.
Quel contraste entre une très jeune Brigitte Bardot passant les week-end dans un cadre familial et champêtre avec l’image de sex-symbol qu’elle incarnera quelques années plus tard.
Ce reportage a été réalisé alors qu’elle tournait son premier film, un véritable nana, « Le Trou normand » de Jean Boyer avec Bourvil et juste avant « Manina, la fille sans voiles » de Willy Rozier.

(Sur le perron du Chalet. Brigitte Bardot et sa soeur Marie-Jeanne dite Mijanou au premier rang, les parents au second, le père Louis Bardot et la mère, Anne-Marie et plus haut le grand-père maternel, Léon Mucel)

(Brigitte Bardot avec son grand-père maternel, Léon Mucel dit « le Boum ». Dans ses Mémoires elle écrira qu’il était « son ami et son confident »)

(De gauche à droite, Mijanou, Anne-Marie, Léon Mucel le grand-père maternel, Brigitte)

(Brigitte Bardot à la balançoire)

(Brigitte dans sa chambre)



(Photos de charme)
Le mariage à Louveciennes avec Jacques Charrier
Sept ans plus tard, Louveciennes sera le théâtre du mariage de Brigitte Bardot avec Jacques Charrier. La relation amoureuse entre les deux a débuté en 1958-1959, lors du tournage du film Babette s’en va-t-en guerre (sorti en 1959), réalisé par Christian-Jaque.
Le mariage a été célébré le 18 juin 1959, à la mairie de Louveciennes, en présence de nombreux journalistes et des curieux.
La Tribune de Louveciennes avait consacré en 2010 un article à ce mariage >>> https://louveciennestribune.fr/louveciennes-dans-lhistoire-contemporaine-3-brigitte-bardot/

(La signature de l’acte de mariage en Mairie de Louveciennes par Jacques Charrier et Brigitte Bardot)

(Dans le jardin de la propriété : Brigitte, Jacques Charrier, Anne-Marie Bardot)
Le mariage n’a pas tenu longtemps. Un fils est né (Nicolas-Jacques Charrier, le 11 janvier 1960 ) qui a été au départ totalement négligé par sa mère, décidément peu faite pour ce rôle. Le divorce est prononcé le 30 janvier 1963, après une union tumultueuse marquée par une pression médiatique délétère, une hospitalisation de Jacques Charrier, une grossesse difficile pour Brigitte.
Mijanou Bardot hérite du Chalet Bardot
C’est Marie-Jeanne (dite Mijanou) Bardot, la sœur cadette de BB qui va hériter du Chalet de Louveciennes.
Née le 5 mai 1938 à Paris, comme sa sœur aînée, elle pratique la danse classique enfant. Elle va tourner une dizaine de films entre 1956 et 1970, souvent dans des seconds rôles ou des productions modestes.
Mijanou Bardot s’est mariée en 1962 avec Patrick Bauchau, un acteur belge connu internationalement (rôles dans James Bond : Dangereusement vôtre, Panic Room, The Rapture, etc.). Dans « La Collectionneuse » (1967) d’Éric Rohmer elle joue aux côtés de son mari.
Elle arrête le cinéma en 1970. Depuis de longues années Mijanou vit en Californie en compagnie de son mari où elle mène une vie extrêmement discrète.
Le Chalet a été habité par Henry Bauchau, écrivain belge, (4), beau-père de Mijanou. Il meurt le 21 septembre 2012 à Louveciennes à l’âge de 99 ans.
Depuis le Chalet a été vendu.

(Louveciennes rend hommage à Brigitte Bardot – Panneau figurant à l’entrée de la Salle Saëns)
FK
Références
(1) Articles parus dans « La Tribune de Louveciennes »
Louveciennes dans l’histoire contemporaine : Pierre Lazareff
>>> https://louveciennestribune.fr/louveciennes-dans-lhistoire-contemporaine-2-pierre-lazareff/
(2) La toute première apparition de BB en couverture du n°99 de Paris Match qui date du 10 février 1951.
(3) Le pavillon n’est pas celui de l’Exposition universelle de Paris en 1889 contrairement à ce qu’on peut lire dans la presse (y compris dans de récents hommages à Brigitte Bardot après son décès).
Il s’agit d’une confusion due au fait que l’architecte, Christian Thams, est le même.
Christian Thams (1858-1945), architecte et industriel norvégien (consul de France en Norvège, fils d’un propriétaire de scierie dans le fjord d’Orkdal, était l’un des principaux promoteurs des« chalets en bois norvégiens préfabriqués » à la fin du XIXe siècle. Il a conçu et commercialisé ce type de constructions en bois (souvent en pin rouge imputrescible), inspirées de l’architecture traditionnelle norvégienne. Ces chalets étaient vendus en éléments préfabriqués, faciles à transporter et à assembler, et plusieurs exemplaires ont été exportés en France dès les années 1880-1890. A Louveciennes il est attesté que deux chalets de ce type ont été livrés et montés dans la commune. Celui au 17 rue du Général Leclerc (la maison de la famille Bardot) a été installé par le grand-père paternel de Brigitte Bardot (Louis Bardot).
Pour compléter ces informations, on pourra se référer à l’ouvrage de Michel Dach du Cercle généalogique et historique de Louveciennes « Un propriété emblématique de Louveciennes ».
(4) Henry Bauchau (1913-2012) est un écrivain belge d’expression française, poète, dramaturge, romancier, essayiste, peintre et psychanalyste. Il est surtout connu pour son œuvre littéraire tardive et profonde, souvent inspirée de la mythologie (comme sa trilogie sur Œdipe : Œdipe sur la route, Antigone, Diotime et les lions), ainsi que pour ses journaux intimes et ses poèmes.
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