La projection vendredi 16 janvier, à la mairie de Louveciennes, par le Ciné club, du film « Avanti ! » nous a offert l’opportunité d’une « parenthèse enchantée », légère et détendante dans le cadre ensoleillé de la baie de Naples et à la même occasion de découvir (ou redécouvrir) l’oeuvre d’un grand cinéaste, Billy Wilder.

Qui est Billy Wilder ? Quel est son apport au cinéma ?
Billy Wilder, issu d’une famille juive autrichienne, débuta sa carrière comme journaliste à Berlin suivant les faits divers. Il commença alors à écrire des nouvelles et des sortes de scénarios. La montée vers le pouvoir des nazis l’amena (après avoir séjourné à Paris) à rejoindre son frère aux Etats Unis. Il est alors aidé en particulier par l’acteur d’origine germanique Peter Lorre (le « M » du film « M le maudit » de Fritz Lang, qu’on retrouve également plus tard, par exemple en 1940, dans un des premiers films noirs marquants : « Le faucon maltais » où John Huston passe du statut de scénariste à celui de metteur en scène).


A Hollywood Billy Wilder est en contact avec le réalisateur d’origine allemande Ernst Lubitsch qui était le spécialiste de la comédie américaine et que Wilder admirait beaucoup, le style de Lubitsch se caractérisant par l’ellipse, la subtilité, l’humour, ce qui contribuera à influencer le propre style de Wilder.
Le premier grand succès de Wilder fut le film noir devenu classique, « Assurance sur la mort » (« Double indemnity » , 1944).
Les films les plus connus de Billy Wilder sont le film noir « Boulevard du crépuscule » (« Sunset Boulevard » 1950), puis « Sept ans de réflexion » (1955), « Certains l’aiment chaud » (1959) et « La garçonnière » (1960).
Billy Wilder, écoeuré des profondes modifications que les studios faisaient à ses films voulut être autonome et fut un des rares créateurs d’Hollywood à réussir à être assez indépendant des studios en étant à la fois : scénariste, producteur et réalisateur.
« En 1940-41, c’est en effet Sturges qui franchit en premier ce pas, puis Huston, Wilder, Mankiewicz, Richard Brooks, Delmer Daves … tous des scénaristes ! C’est d’ailleurs ce que disait Wilder : « J’en avais marre d’être scénariste, être scénariste c’est préparer le lit où les autres vont ensuite faire l’amour .. »(Entretien en 2013 avec Michel Ciment, critique de cinéma, décédé en 2023)
« Chez Wilder, il y a donc cette volonté que le cinéaste soit l’ « athlète complet » cher à Mankiewicz, qu’il ait l’autonomie «complète sur ses œuvres.»
Billy Wilder était profondément « politiquement incorrect » par rapport à son époque : il voulait combattre le puritanisme américain et l’hypocrisie sociale .
« Il y a un thème obsessionnel chez Wilder, qui est lié à son parcours autobiographique, c’est la question de la survie, ce que l’on appelle dans la société américaine « the rat race. » (comment s’en tirer ?) Question que l’on retrouve aussi chez Chaplin, d’ailleurs. » (Michel Ciment)
Les films de Wilder contiennent presque toujours une ironie amère sous-jacente.
Billy Wilder est relativement méconnu en France. Pourquoi ? La principale raison, apparemment, est liée à la domination des Cahiers du cinéma dans le milieu de la critique de cinéma pendant la période, ces Cahiers proclamant « qu’ils préféraient les metteurs en scène : Alfred Hitchcock et Howard Hawks » du fait de leur mise en scène « plus créative » (parfois de façon spectaculaire), alors que Wilder, au contraire, cherchait à gommer sa mise en scène pour faire passer sa satire sociale enveloppée dans une comédie.
Le film « Avanti ! »
Il s’agit d’une sorte de comédie de boulevard-marivaudage se déroulant en Italie (Billy Wilder avait gardé la nostalgie de l’Europe) dans la baie de Naples. C’est une sorte d’ode à la joie de vivre ensoleillée dont on a bien besoin par les temps qui courent.
C’est un des derniers films de Wilder : ll s’agit du cinquième film tourné avec l’acteur Jack Lemonn (un des deux acteurs masculins, avec Tony Curtis, du film célèbre « Certains l’aiment chaud »)


Un des thèmes du film est le contraste entre l’Amérique « affairiste », rigide, arrogante, et l’Europe plus complexe mais qui cultive le « bien vivre » et qui finit, (dans ce film) par être, momentanément, convaincante.

Daniel Godard
Ciné club de Louveciennes « La Parenthèse enchantée »