Anish Kapoor et la reine dans les jardins de Versailles

Chaque année, c’est maintenant une tradition, le Château de Versailles, accueille une exposition d’un artiste contemporain réputé. C’est ainsi qu’on a pu voir des œuvres de Jeff Koons, Lee Ufan, Guiseppe Penone, Joana Vasconcelos

Jean-Claude Bertrand exprime ici ses vues personnelles sur l’exposition de cette année consacrée à Anish Kapoor. Il s’agit également d’une invitation à vous rendre dans les jardins de Versailles pour vous confronter à des objets culturels qui ont suscité la polémique.

Dans la foulée, « La Tribune de Louveciennes » publiera toujours sur le même thème : « Anish Kapoor et l’art de la provocation ».

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Anish Kapoor est un artiste britannique d’origine indienne. Né à Bombay en 1954, il émigra à Londres en 1973. Il se fit connaitre en France du grand public par l’installation qu’il réalisa en 2011 dans le cadre de la manifestation « Monumenta » laquelle se tint dans  la nef du Grand Palais. Il investit aujourd’hui les jardins de Monsieur Le Nôtre et, pour une œuvre, la Salle du Jeu de Paume. Au total se sont six installations qu’il nous présente. 

1. Descension (mot qui peut être traduit par  « tourbillon »)

Celle-ci se trouve au pied du Tapis Vert au-delà de la fontaine d’Apollon. Elle se compose d’un vaste cylindre en béton enterré à l’intérieur duquel l’eau tourbillonne à vive allure en créant un vortex.

Elle est colorée en noire. Bien entendu, il s’agit d’une représentation métaphorique de l’enfer au demeurant très convaincante.

(Descension d’Anish Kapoor – Photo JCB) 

2. Dirty Corner (expression qui peut être traduite par « Coin sale »)

« Ce coin sale » fut surnommé récemment « Le vagin de la Reine » et, à ce titre, il fit scandale. Il fut même vandalisé et l’artiste ne protesta que mollement prétendant qu’il n’était pas l’auteur  de cette attribution tout en ne niant pas que son œuvre ait une forte connotation sexuelle. Que faut-il en penser ?

D’abord, il est incontestable que la « bouche » métallique de 8 ml x 3 ml, prolongée par un tube horizontal de 1,5 ml de diamètre et d’une vingtaine de mètre de longueur, symbolise l’acte sexuel. Celui-ci fait intervenir, dans sa réalisation, des organes qui ne sont pas parmi les plus ragoutants du corps de l’homme et de la femme, mais peut-être que l’ « AMOUR » est là pour tout sublimer.

L’environnement de « organe » se présente sous la forme d’un cahot de rochers et de maçonneries aux dimensions démesurées teinté par endroits d’une couleur rouge-sang. Il accentue encore l’impression de désordre donné par la scène. L’ensemble est situé dans l’axe du Tapis Vert. Il brise, en quelque sorte, la Grande Perspective voulue par Le Nôtre qui s’étend du Château au bassin d’Apollon.  

(Dirty Corner d’Anish Kapoor)  
(Dirty Corner d’Anish Kapoor – Vue de l’arrière –  Photo de JCB)

3. Sectional Body preparing for Monadic Singularity (expression qui peut se traduire par « les entrailles »)

En fait, il s’agit d’un grand cube d’environ huit mètres de côté. Trois faces sont noires et une est rouge. C’est elle que l’on voit en premier en pénétrant dans le Bosquet de l’Etoile ; il est percé de part en part de deux tubes rouges translucides qui laissent passer la lumière et colorent le volume intérieur dans cette couleur. L’artiste a voulu ainsi symboliser l’intérieur du corps.  L’harmonie des couleurs et même du volume du cube au regard de l’environnement verdoyant laissé en grande partie en friche (cas unique à Versailles) peut sembler parfaite. Hélas ce parti-pris fait litière de la vocation actuelle du lieu car ce n’est plus le Roi qui règne mais le Peuple ; les familles s’en sont emparées et y organisent des jeux dans la vaste prairie laissée à leur disposition. Ici le Peuple est Roi, on n’y trouve ni fontaine ni statue de marbre, et le sifflet des gardiens ne se fait pas entendre. Penone et Lee Ufan avaient su intégrer ce paramètre important dans leur installation, celui-ci manque ici.

(Sectional Body d’Anish Kapoor – Photo de JCB)

4. Sky Mirror (expression qui peut se traduire par « Miroir de ciel »)

(Sky Mirror d’Anish Kapoor)

5. C Curve (expression qui peut se traduire par « Miroir courbe »)

6. Shooting into the Corner (expression qui peut se traduire par « Tir dans le coin »)

Cette installation occupe la salle du Jeu de paume. Il semble nécessaire de faire un rappel historique.

Le roi a convoqué des Etats Généraux regroupant des représentants de la noblesse, du clergé et du tiers état, ceux-ci se réunirent le 20 juin 1789 dans la salle du Jeu de Paume à Versailles et prirent l’engagement de ne pas se séparer avant que la France ne soit dotée d’une constitution.  De ce serment il s’en suivit la création d’une Assemblée constituante, l’abolition des privilèges dont jouissaient la noblesse et le clergé… Il s’agit donc d’évènements heureux et la scène d’horreur que nous présente l’artiste se réfère nécessairement à la Terreur qui suivit et à son cortège de massacres.

Shooting into the Corner d’Anish Kapoor – Photo de JCB)

L’œuvre présentée, est très forte mais elle a choqué certains visiteurs (Cf. le livre d’or) qui ont protesté contre l’assimilation qui semblait être faite entre le serment du Jeu de Paume (évènement heureux, glorieux même) et la Terreur (évènement oh combien malheureux). Cette  remarque est justifiée.

Jean-Claude Bertrand           

Informations pratiques

Les jardins sont ouverts du mardi au dimanche de 8h00 à 20h00. L’accès est gratuit sauf les samedis et dimanches à cause des jardins musicaux. L’entrée coûte alors 8 €. Le paiement est exigé même le matin alors que les jeux d’eau ne fonctionnent pas, d’autre part la fréquentation est évidemment plus forte en week-end. .Les accès aux parkings sont toujours payants

La salle du Jeu de Paume est ouverte du mardi au dimanche de 14h00 à 18h00. Dernière entrée à 17h45. L’accès est gratuit

Cette publication a un commentaire

  1. cyberic

    Superbes installations d’Anish Kapoor dans le parc de Versailles.
    Bravo à la Tribune de les avoir si bien présentées.

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