Saltimbanque et gargantuesque, cinéaste des années 60-70 : Federico Fellini 

« Il y a quelques années il se disait : « La culture européenne c’est : Mozart, Beethoven, Chopin, Cézanne Picasso, Bergman et Fellini » 

Sans doute très réducteur, mais alors qui est ce Fellini ?

Federico Fellini  est un cinéaste italien qui a marqué le cinéma italien et le cinéma international.

Né en 1920 à Rimini, une station balnéaire au bord de l’Adriatique, il s’installe à Rome en 1939. Il épouse Giulietta Masina (qui sera une actrice-complice dans un certain nombre de ses films) en 1943.

Il débute au cinéma comme assistant-scénariste de Roberto Rossellini pour le film Rome ville ouverte (1945) en pleine période du « néo-réalisme » italien. Il collabore ensuite avec d’autres cinéastes italiens avant de passer directement à la réalisation de films.

Son premier succès international fut La strada, film d’inspiration « quasi-franciscaine » où l’on trouve « la quintessence de Fellini » avec la plupart de ses thèmes : « le monde des saltimbanques, le petit peuple, la rédemption et la figure féminine mythifiée ».

Le tournant de sa carrière fut le film La dolce vita qui connut un immense succès commercial (la musique de son complice et ami Nino Rota fit alors le tour du monde). C’est ce film qui introduira ce qui initiera « ce qu’on appellera désormais (souvent à tort et à travers) « le baroque fellinien » qui définit notamment les personnages (exubérants, extravagants, véritables caricatures  vivantes), la narration (pas de réelle progression dramatique) ou le traitement du temps (le réel et l’imaginaire s’entremêlent allègrement). »

Après Huit et demi (qui avouait une crise d’inspiration), Fellini n’arrêta pas de tourner des films. Pourquoi ? Deux raisons : d’abord, après les succès commerciaux, les producteurs (comme cela transparait justement dans son film) faisaient pression pour qu’il entreprenne de nouveaux tournages. Puis, comme l’avouait lui-même Fellini : «Je ne vis que quand je tourne » et «Rien ne me procure autant de plaisir que le cinéma», tout en reconnaissant : « qu’une névrose peut être une source artistique ». Quand on lui demande quelle est « sa patrie d’élection » il répond sans hésiter: « Cinecitta » en confirmant ses refus répétés d’aller travailler à Hollywood.

« On a coutume de dire qu’il ya deux carrières de Fellini : un avant et un après « La dolce vita ». Certains n’aiment que la première partie de sa carrière et d’autres préfèrent l’après : le Fellini baroque, excentrique, qui casse les codes ». Dans l’esprit du public, Fellini est associé à une certaine complaisance pour les scènes d’orgie ou les fantasmes de macho italien (ce qui correspond à la deuxième partie de sa carrière). Par rapport à nombre d’autres cinéastes italiens de la même période, il est plus « un poète et un visionnaire qui se soucie moins de témoigner de la réalité sociale ou politique ».

Même si, dans le cas précis de Fellini, la personnalité du réalisateur est fondamentale, ses films ne se font pas qu’avec lui seul. La musique de son ami Nino Rota contribua naturellement à l’expression de ses films (avant son décès en 1979 qui marqua beaucoup Fellini). Nino Rota avait eu comme professeur Toscanini  qui était lui-même un proche du compositeur Puccini. Il y eut aussi un certain nombre d’amitiés comme celle avec l’acteur incontournable Marcello Mastroianni. Fellini donnera son nom à l’aéroport international de Rimini.

Le film Huit et demi 

Comme l’a fort bien exprimé un critique : « Difficile d’attaquer de face une oeuvre aussi intense, aussi dense et impressionnante que ce huitième film et demi du grand Federico. »

La genèse du film, vue par Fellini lui-même : « Alors que, en panne d’inspiration, il est sur le point d’annoncer l’abandon du projet au producteur, Fellini est interrompu par le chef-machiniste de Cinecitta (où Fellini adorait vivre) et celui-ci l’invite à fêter l’anniversaire d’un collègue. Durant la fête d’anniversaire, on félicite Fellini pour son film à venir. A ce moment-là, il a brusquement l’idée de faire un film sur un réalisateur qui voulait faire un film mais ne se souvient plus lequel ». Pendant le tournage le film s’appelait, provisoirement, La bella confusione.

Huit et demi (1963) est une sorte de confession autobiographique sur les contraintes et la difficulté de créer d’un metteur en scène avec toutes sortes de sollicitations (ses actrices, son scénariste, ses techniciens, son épouse et sa maitresse, ses producteurs, etc..) qui se réfugie dans le rêve et les souvenirs. Après l’énorme succès de La dolce vita, il est un cinéaste célèbre et il sent qu’on « l’attend au tournant », d’où une pression particulière qui le conduit à une interrogation existentielle : «  Je n’ai rien à dire, mais je veux le dire » finit-il par avouer.

 « Il n’y a pas de répliques, car il n’y a pas de scénario »

Fellini considérait que « le cinéma et les rêves, c’est la même chose » : le cinéma permet de vivre une vie rêvée plus large et plus intense que la réalité.

                            Fellini présentant son « cahier de rêves » 

« Comment réussir à créer, à trouver dans l’abstraction ou le figuré de quoi parler du plus profond de soi, de ses craintes, de ses désirs ? C’est cette question qui sous-tend 8 ½ »

La clef pour bien comprendre et apprécier le film 

Un fait très peu commenté : Fellini suivait une psychanalyse avec un psychologue jungien, convaincu de l’importance des rêves, qui lui fit adopter un cahier où il nota tous ses rêves.

Le film commence par une ouverture spectaculaire dont on comprend assez vite qu’il s’agit d’un mauvais rêve, puis tout le film alterne entre des scènes réalistes et des scènes oniriques décrivant les états d’âme ou les souvenirs du cinéaste.

Cette scène d’ouverture est grandiose, à la fois un résumé du film et « une superbe entrée en matière pour une des plus belles œuvres du cinéma ». Elle a d’ailleurs soulevé l’enthousiasme de nombreux observateurs :

« La scène d’ouverture du film est ma préférée de tous les films que j’ai vus et est d’une force énorme. »

« Autant l’annoncer d’emblée : les premières minutes sont un enchantement total, une claque visuelle d’autant plus rare que frappée, près d’un demi-siècle après sa sortie, d’une modernité absolue. Ces moments de rêves sont prodigieux, la photographie renversante, le noir et blanc contrasté d’une beauté diabolique. »

                                                    Le rêve d’ouverture

En fait, Huit et demi illustre à merveille la puissance expressive du cinéma aux mains de grands créateurs, « de véritables auteurs qui ont réellement quelque chose à dire »: transmettre des émotions et des pensées mieux qu’avec des mots.

A la fin, le réalisateur, qui a désormais retrouvé son innocence et sa joie de vivre, se revoit comme un enfant qui retourne au cirque (autre centre d’intérêt de Fellini).

Le film comporte un nombre impressionnant de personnages féminins et il doit, en même temps, naturellement, beaucoup au grand acteur italien Marcello Mastroianni ainsi qu’au compositeur Nino Rota : « Le thème final de Nino Rota est aujourd’hui l’une des musiques les plus célèbres de toute l’histoire du cinéma » >>> youtube.com/watchv=ISMD0PmECw&list=PLA57AEB99892AFD17

                 

Fellini et son ami complice Nino Rota

 

Marcello Mastroianni et Federico Fellini

Réactions intéressantes 

« Jamais comme ici Fellini n’a été aussi haut dans le langage cinématographique, la fantaisie et la force d’expression. Mais ces beautés inouïes sont perdues dans un film sans colonne dorsale narrative… C’est un film absolument cérébral. » (Dino Buzzati)

« Huit et demi est un film aussi important pour la carrière  de Fellini que pour le cinéma italien. Par rapport à La Dolce vita, c’est une œuvre beaucoup plus poétique, plus cohérente. » (Alberto Moravia)

« Un film passionnant, qui prouve que le cinéma est en mesure d’aborder des problèmes aussi abstraits que celui de la création artistique, aussi mystérieux et cachés que celui de l’inspiration et du talent, aussi fuyants que celui de l’angoisse et de la quête du bonheur. » (Henri Chapier)

« Les metteurs en scène qui ont été plus ou moins acteurs, les acteurs qui ont fréquenté le cirque, les cinéastes qui ont été scénaristes, ceux qui savent dessiner, ont généralement quelque chose « en plus ». Fellini a fait l’acteur, le scénariste, l’homme de cirque, le dessinateur. Son film est complet, simple, beau, honnête, comme celui que veut tourner Guido dans Huit et demi. » (François Truffaut)

« Le film est plébiscité notamment pour son exploration de la psyché du réalisateur, sa narration non linéaire et son style novateur. Il est considéré comme l’un des meilleurs films jamais réalisés. » (Wikipedia)

« Réflexion sur l’Art, sur le processus (complexe et aléatoire) de création, sur le tarissement de la veine artistique. Sur la dépression. Sur l’amitié et les rapports humains. Sur la famille. Sur le sexe. Un film mêlant divinement réel et imaginaire. »

« Un film qui, de toutes façons, ne laisse pas de marbre. On l’adore. On le déteste. Mais on réagit… »

« Huit et demi est un divertissement de gourmet, beau et bon à la fois, à consommer sans modération. »

Comme il était courant à l’époque dans le cinéma italien, le film comporte, il est vrai, une pointe d’anticléricalisme (cela a peut-être contribué à lui obtenir le Prix du meilleur film au Festival du film international du film de Moscou en 1963…) ainsi qu’une dose de misogynie (bien que Fellini soit resté à la fois fasciné et amoureux des femmes… comme, apparemment, son ami Simenon).

 Tout cela peut paraître « plutôt intellectuel », alors que c’est tout simple : il suffit de se laisser emporter par les différentes séquences, la beauté des images, ressentir les émotions véhiculées.

En conclusion,  Huit et demi  est un film important qui ne laisse personne indifférent. Alors, n’hésitez plus, venez vous faire votre propre idée en venant à la prochaine séance du Ciné-club de Louveciennes (suivie d’échanges autour d’un petit buffet) le jeudi 9 avril prochain à partir de 20h30 à la salle Saint-Saëns de la mairie.

Daniel Godard

Ciné-club de Louveciennes 

« La parenthèse enchantée »

Laisser un commentaire