Le cinéaste qui a lancé Clint Eastwood : Sergio Leone

Sergio Leone a baigné dès son enfance dans le milieu du cinéma : son père était un pionnier du cinéma muet, qui connut des difficultés avec Mussolini, ce qui, notamment, conduisit son fils à s’engager en tant que « communiste anti-fasciste » (on retrouve souvent dans ses films un schéma simpliste de type « lutte des classes », courant dans le cinéma italien des années 60-70).

Sergio Leone a commencé comme « assistant-réalisateur » de « films-péplums » (consacrés à l’antiquité gréco-romaine) comme « Quo vadis » ou « Ben Hur ».
Puis, il commença à écrire le scénario de son premier western en s’inspirant d’un film japonais de Kurosawa. Cela donna son premier « western-spaghetti » : « Pour une poignée de dollars » (en 1964) avec un jeune acteur américain totalement inconnu :  Clint Eastwood. Le succès le conduisit à en réaliser deux autres dans la même veine : «Et pour quelques dollars de plus » (1965)  et « Le Bon, la Brute et le Truand » (1966), ce qui a constitué ce qu’on a appelé : « La trilogie du dollar ». Leurs caractéristiques communes étaient de parler de banditisme dans l’Ouest américain avec réalisme et violence et d’avoir le même personnage joué par Clint Eastwood, « l’homme sans nom » parlant très peu. 

(Sergio Leone)

Ces trois films connurent un énorme succès commercial, ce qui a conduit à une anecdote célèbre à Hollywood où, à l’époque, Franck Sinatra jouait encore un rôle dominant. Jaloux du succès rapide de Clint Eastwood, en dehors de Hollywood, Sinatra essaya de « démolir Clint Eastwood devant 50 millions de téléspectateurs » en le provoquant : « Mon jardinier a plus de talent que toi ! » lui reprochant de « ne rien dire dans ses films » (on peut retrouver cette émission sur >>>  youtube.com/watch?v=LuHcNSgw95c ). 

Clint Eastwood resta imperturbable et se contenta de répondre : « Je n’ai pas besoin de demander la permission … c’est le public qui décide ! ». Cette réplique contribua à renforcer la popularité de Clint Eastwood qui passa ensuite au rôle musclé de « l’inspecteur Harry », puis à la réalisation de films de plus en plus personnels et ambitieux jusqu’à récemment.

Au moment où le western américain, original depuis le cinéma muet était « à bout de souffle », le cinéaste de « péplums » italiens récupéra donc la mythologie des aventuriers de la conquête de l’ouest au profit de sa vision « marxiste » des rapports sociaux, résumée schématiquement dans une citation apocryphe : « Le monde se divise en deux catégories : il y a ceux qui creusent et ceux qui font creuser ».

Le film « Il était une fois dans l’Ouest »

Ce n’est pas une bluette sentimentale puisqu’il traite principalement de la sauvagerie du développement de l’Ouest américain. Le film date de 1968 mais le message sur la brutalité de la société américaine depuis son origine résonne particulièrement avec l’actualité.

C’est un film italien qui utilise simplement la trame populaire du « western » comme moyen d’expression. L’influence italienne se traduit en particulier par une certaine proximité avec la notion d’opéra. Il convient à ce sujet d’évoquer la partition musicale d’Ennio Morricone, ami et complice de Leone : variée, créative, originale et contribuant significativement à la fascination du film.

Les principaux acteurs (avec une distribution spectaculaire):

* Henry Fonda, héros positif de nombreux films américains, est utilisé ici à contre-emploi.

* Charles Bronson, héros solitaire, impassible joueur d’harmonica (la fin expliquera pourquoi) est le héros positif, porteur de justice.

*Claudia Cardinale seule femme au milieu d’hommes plutôt rudes (le moins qu’on puisse dire), devenue rapidement « quasi-veuve », incarne un rôle humain et positif, un des deux « rôles positifs ».      Au début Leone n’avait pas prévu de rôle féminin dans son film et c’est son ami cinéaste Bernardo Bertoluci qui, progressivement, insista pour l’introduction dans l’histoire d’un personnage féminin

Les autres acteurs secondaires, bien dirigés, souvent avec des trognes caractéristiques et expressives, contribuent souvent à l’expression du message que souhaite nous délivrer Leone.

Quel message ? « L’Amérique s’est construite sur la violence, donnant le champ libre à toutes sortes d’individus sans scrupules, prêts à aller jusqu’à tuer pour s’imposer. »

L’ouverture par un duel au pistolet, thème classique dans un western, correspond ici à un grand moment de cinéma légendaire.

Il n’est pas exagéré de dire que le film « Il était une fois dans l’Ouest » a, en fait, marqué l’histoire du cinéma ;  il est considéré par de très nombreux critiques comme un des très grands westerns : images grandioses, mise en scène particulièrement créative (cadrages très travaillés, gros plans, voire très gros plans sur des visages, des regards ou des objets, temps ralenti, etc…). Dès le début, on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas d’une œuvre strictement réaliste, mais qu’on est entré dans un univers particulier avec un rythme volontairement lent.

Un critique enthousiaste soulignait : « On pourrait deviser à l’infini sur le génie de Leone à mettre en place ses séquences dans lesquelles science du cadre, gestion du rythme et gradation de la tension cohabitent avec une efficacité inégalable ».

« Chant du cygne d’une époque, le train substitue une violence par une autre, plus sourde, moins discernable, et qui fera par ailleurs l’ouverture d’ « Il était une fois la révolution » : celle de l’obscénité des plus riches. ».

Un autre commente : « Le film correspond au désenchantement d’un Européen d’abord fasciné par le mythe américain qui découvre un monde différent : les personnages agissent avec une violence crue montrée sans fard, que le cinéaste place au fondement même de l’Amérique. Le pessimisme qui se dégage de ses films témoigne au final d’une désillusion profonde vis-à-vis d’une Amérique présentée comme un rêve et qui se révèle être un milieu hostile et brutal »

Ce grand film « Il était une fois dans l’Ouest » sera présenté et commenté au Ciné club de Louveciennes (salle Saint Saens de la mairie vendredi 6 mars à partir de 20H30)

Daniel Godard

Ciné club de Louveciennes « La parenthèse enchantée »

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