Giuseppe Penone au château de Versailles

Une réponse au jardinier Le  Nôtre

Giuseppe Penone est un des papes de l’ « Arte povera ».
Et voilà que déjà la polémique s’installe. D’abord, les artistes de ce groupe refusent le terme de « mouvement » lui préférant celui d’ « attitude », attitude face au monde de l’art et à ses marchands. En fait, si Penone 
n’est effectivement pas représenté par un galeriste, il ne dédaigne pas vendre ses sculptures à de riches collectionneurs.
D’autre part, l’expression même d’art pauvre renvoie aussi à la nature des matériaux mis en œuvre par exemple : terre, sable, chiffons, bois…Or, il emploie des produits nobles : du bronze, du marbre de Carrare, voire de l’or…

On peut aussi se poser la question du choix du Parc de Versailles pour présenter ces sculptures plutôt que les Tuileries ou le Centre Georges Pompidou.

Les expositions précédentes aident à y répondre.

En effet les artistes invités ont toujours dialogué avec ce cadre prestigieux, soit pour l’accompagner, soit pour s’y opposer voire le combattre ou s’en moquer, chacun utilisant évidemment son langage et sa syntaxe artistique. Dans le premier cas, on peut ranger l’exposition de l’an dernier de Joana Vasconcelos. Dans le second, on peut mettre une bonne partie de celle présentée en 2008 par Jeff Koons. Tout particulièrement, par exemple, l’énorme chien de compagnie Puppy installé sur le parterre du Midi au-dessus de l’Orangerie qui, à l’évidence, renvoyait à la foule des courtisans de la cour de Louis XIV.

Ici douze sculptures représentent des troncs d’arbres morts essentiellement en bronze et deux sculptures sont en marbre de Carrare.

Les jardins réalisés par Le Nôtre comprennent un grand tapis vert, des parterres de fleurs, des jeux d’eau, de multiples allées et bosquets et de nombreuses statues de marbre. Par la suite, il a été quelquefois modifié mais en respectant toujours l’esprit de son créateur. Celui-ci a, bien sûr, planté de nombreux arbres mais sous la forme soit d’alignements, soit de haies. Leur hauteur est limitée à dix-huit mètres. Il n’a pas prévu d’arbre isolé que l’on dénomme maintenant d’« arbre remarquable ». Penone a fait le contraire. Il présente douze troncs d’arbres morts en bronze, sans feuille, isolés au milieu d’une clairière ou d’un parterre. Il complète, en quelque sorte l’œuvre du Jardinier du Roy. Il introduit le désordre là où le classicisme impose l’ordre.

Le marbre de Carrare est utilisé en structure depuis l’antiquité. Il était très recherché parce que blanc et pratiquement pur. Les statues du parc ont été réalisées avec ce type de matériau. Penone au contraire creuse des blocs à la recherche des veines de la pierre. Il s’inspire peut-être de Michel-Ange qui disait : « J’ai vu un ange dans la pierre et j’ai seulement ciselé jusqu’à l’en libérer ».

Les sculptures présentées dans le jardin :

1     Espace de lumière 

Elle est composée de huit tronçons d’arbres creux qui ont conservé une partie de leurs branches mortes et qui sont placés à l’horizontale. Elle flèche, en quelque sorte la Grande Perspective. Elle est en bronze patiné à la main et doré à l’intérieur (d’où son nom). 

2     Entre écorce et écorce 

Il s’agit d’une sorte de vigie située dans l’axe de l’œuvre précédente et qui balise l’origine de la Grande Perspective. Elle a été réalisée à partir de l’écorce d’un arbre abattu par la grande tempête de 1999 dans le parc de Versailles et acheté à l’époque par l’artiste. Il en fit un moulage en bronze qu’il sépara en deux coquilles. A l’intérieur un arbre vivant pousse qui un jour remplira le vide laissé entre celles-ci.  

3     Anatomies 

Elle est composée de six blocs de marbre de Carrare creusés par l’artiste à la recherche de l’anatomie de ceux-ci.

4     Sceau 

Comme pour un sceau sumérien, « Les veines présentes dans une colonne de marbre qui roule s’imprime sur le sol sans interruption et forment un dessin continu. La répétition de la forme crée une
image dont le caractère cyclique rappelle le passage du temps, la litanie, le mouvement, la répétition des pas ».
( G. Pepone in PeponeVersailles –RMN).



 

5     L’arbre foudroyé 

Celui-ci avait été signalé à l’artiste par le directeur du site du Gran Hornu en Belgique. L’intérieur est doré à l’or fin. On peut y voir une référence au Roi-Soleil mais plus sûrement au cheminement de la foudre qui frappe le sol.

6     Triple 

Pour l’artiste, l’arbre c’est la vie (Quelle curieuse idée, d’ailleurs, de la représenter par des troncs morts et pourtant la vitalité est là malgré ce choix). Cette sculpture montre qu’il parvient à surmonter les embuches mis à sa croissance.

7     Les feuilles de racines 

L’arbre est ici représenté à l’envers. « La pensée de l’homme est dans la lumière, dans l’air mais elle ancre sa structure dans le sol ». (G. Pepone in PeponeVersailles-RMN).

8     Elévation

 

9    Idées de pierre, cerisier

 

10   Idées de pierre, orme



 

11    En équilibre  

13    Idées de pierre

 

14    Equilibriste, chêne

Ces sept sculptures (n° 7 à 14) sont situées dans le bosquet de l’Etoile. Ici le Roi soleil et son jardin à la française sont oubliés. Le visiteur pénètre dans une clairière comme il en existe dans toutes les forêts. Le lieu est d’ailleurs accaparé par les familles et les enfants qui jouent avec un ballon et, au miracle, on entend le chant des oiseaux. On cherchera vainement une perspective ou une symétrie dans l’implantation des œuvres. Ici le désordre et l’instinct de vie qui, selon l’artiste, sont caractéristiques de l’arbre, sont bien visibles. L’élévation ne fait-elle pas penser à la chanson de Brassens sur le grand chêne « qui, à grand peine, sortit ses grands pieds de son trou ».

Dans le château lui-même il y a trois sculptures que l’on peut oublier.

Jean-Claude Bertrand

(Toutes les photos ont été réalisées par Jean-Claude Bertrand)

Renseignements Pratiques :

L’exposition se tient jusqu’au 31 octobre 2013.

Si l’on se contente des œuvres installées dans le parc, on peut les voir gratuitement les lundis (Jour de fermeture du château), mercredi, jeudi et vendredi. Sinon l’entrée en plein tarif est de 8,50 €.

Pour plus, d’informations, une seule adresse : www.chateauversailles.fr. ou 01 30 83 78 00.

Il y a intérêt à avoir avec soi le plan d’implantation des œuvres exposées. En effet on peut se le procurer gratuitement sur place mais seulement au point d’information situé à l’intérieur du château. Pour y parvenir il faut alors payer l’entrée à celui-ci soit 25 € !

Cet article a 2 commentaires

  1. Michel Zourbas

    Merci pour cet article très intéressant, ses très belles photos et ses informations pratiques très utiles.
    Un remarque toutefois sur un de vos commentaires.
    Vous écrivez : « Celui-ci (Le Notre) a, bien sûr, planté de nombreux arbres mais sous la forme soit d’alignements, soit de haies. Leur hauteur est limitée à dix-huit mètres. Il n’a pas prévu d’arbre isolé que l’on dénomme maintenant « arbre remarquable ». » (30 et 31ème lignes)
    Un arbre remarquable est un arbre dont les dimensions, l’âge, l’histoire, les particularités botaniques ou l’aspect en font un individu hors du commun.
    On ne décide pas de planter un arbre remarquable. C’est le temps qui fait d’un arbre, pas forcement solitaire à l’origine, un arbre remarquable, et … isolé.
    Dans le cas des arbres remarquables de Louveciennes (cf. l’exposition début avril à la Maison de l’Étang sur les 24 arbres remarquables de Louveciennes), beaucoup ont été plantés dans les parcs ou jardins des châteaux construits au XVIIIe et XIXe siècles, et sont de fait isolés (par exemple, les séquoias). Mais d’autres, isolés aujourd’hui, faisaient partie de la forêt qui existait avant et en sont les rares survivants et témoins (plusieurs châtaigniers âgés de 300 à 400 ans, un chêne de 250 ans).
    Il y a des arbres remarquables dans le parc du Château de Versailles : un platane, un sophora, notamment. Certains ont été abattus par la tempête de décembre 1999 : on peut citer les deux tulipiers de Virginie de la Reine Marie-Antoinette, plantés en 1783.
    En conclusion, un arbre remarquable est, de fait, un arbre isolé, puisque ses caractéristiques exceptionnelles en font un être unique, mais il ne suffit pas qu’un arbre soit isolé pour qu’il soit, ou devienne, remarquable.
    Pour plus d’informations sur les arbres remarquables, vous pouvez consulter le site de l’association A.R.B.R.E.S. : http://www.arbres.org

  2. Jean-Claude Bertrand

    La remarque de Monsieur Zourbas sur l’usage que j’ai fait de la notion d’ « arbre remarquable » est parfaitement justifiée.

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