Lee Ufan expose dans le Parc de Versailles

Lee Ufan est né le 24 juin 1936 en Corée du Sud mais dès l’âge de vingt ans il s’expatrie au Japon où il fit l’essentiel de sa carrière. Un musée lui a d’ailleurs été consacré. Il se fit connaître aussi en Europe et tout particulièrement en France où il a un atelier permanent.

Dix œuvres sont exposées dans le cadre de la présente manifestation. Neuf dans le parc et une dans l’escalier Gabriel. Celle-ci n’appelle aucun commentaire. Le lieu ne se prête guère à l’enfermement d’œuvres conçues pour le plein air. En revanche toutes sont récentes et ont été réalisées à l’occasion de l’exposition. Elles rendent donc compte de l’évolution actuelle du créateur.

Disons deux mots de celui-ci. Il s’agit d’un intellectuel pur jus formé aux écoles traditionnelles chinoise et japonaise mais aussi sous l’influence de philosophes occidentaux : Nietzche, Heidegger, Levinas, Kant…A lire certains commentaires cela constituerait un « plus » pour l’œuvre et pour son interprète. Cette attitude élitiste peut sembler choquante. Va t’il falloir reprocher à Van Gogh ou au Caravage de ne pas avoir fait d’études supérieures ? En revanche il est indéniable que l’apport de Lee Ufan sur le plan théorique a été  important. Il s’inscrit dans un mouvement mondial né dans les années 70 qui s’est notamment traduit en Italie par l’arte povera (Voir l’exposition de l’an dernier de Penone à Versailles)et aux Etats Unis par le land art. L’avant-garde japonaise pris le nom de Mone-Ha qui pourrait se traduire par l’ « école des choses », les œuvres prenant alors l’intitulé de Relatum ce qui souligne que « l’œuvre d’art n’est pas une entité indépendante et autonome mais qu’elle n’existe qu’en relation avec le monde extérieur». (Alfred Pacquement, commissaire de l’exposition).

Présentement, Lee Ufan n’utilise que deux matériaux qu’il définit ainsi : « la pierre qui représente la nature et la plaque d’acier symbole de la société industrielle » On remarque qu’ici la pierre ne rend pas compte de l’éternité et l’acier de  l’usure du temps. Cela est heureux car l’artiste extrait les rochers du lit de torrents qui deviendront des alluvions avant que de se dissoudre dans la mer sous forme de sable. Par ailleurs, les plaques d’acier sont traitées contre la corrosion et ne rouilleront pas. Elles ont donc une durée de vie sinon éternelle du moins de plusieurs centaines d’années.

Les œuvres présentées

1. Grande Perspective – Relatum – L’arche de Versailles

Lorsque vous pénétrez dans le parc en venant du Château, ce grand ruban en demi-cercle de 30 mètres de développée en acier inoxydable vous saute au visage. Un éclairage discret en pied d’arche accentue légèrement la couleur bleu acier de l’ensemble. Deux gros rochers sont calés au pied l’ouvrage. Une plaque au sol trace le chemin qui vous mènera au début de la grande perspective et vous découvrirez, comme l’a voulu Le Nôtre, tour à tour la fontaine de Latone, le Tapis Vert, le bassin d’Apollon et le Grand Canal.


 

2. Le Parterre du Midi – Relatum – Le bâton de géant

L’artiste aurait voulu rendre compte d’un univers réconcilié entre la nature (la pierre brute) et l’homme (le métal industriel).  

3. Le Parterre du Midi – Relatum – Dialogue X

Trois sculptures ici se répondent :

–      une plaque métallique verticale,

–      un rocher globalement sphérique qui repose sur une plaque horizontale,

–      un rocher qui jaillit directement du sol. Celui-ci pose question car il est différent de toutes les autres pierres du site. Il résulte d’un plissement géologique quasi vertical qui jaillit du ventre de la terre. La collaboration homme-nature ou métal-rocher n’est ici plus nécessaire et la plaque d’acier disparaît.

 

4.  Tapis Vert

En fait il y a deux  sculptures :

–      en tête du Tapis vert, celle-ci aurait été inspirée à l’artiste par l’ondulation de la pelouse sous le vent ;

–      dans la partie basse, les plaques d’inox sont placées à la verticale pour créer un effet de vibration visuelle. Celles-ci forment un mur quasi discontinu qui semble découper dans le sens de la longueur le tapis vert. Ce parti-pris de l’artiste semble pouvoir être contesté.  

5. Allée d’Apollon Nord – Relatum – Dialogue Z

L’allée va du bassin d’Apollon jusqu’au croisement avec la voie qui mène de la grille de Neptune jusqu’au Grand Trianon. Elle est large et ombragée de plusieurs rangées d’arbres imposants et sert de promenade aux familles.

Lee Ufan a voulu fermer cette perspective ce qui est assez courant. Pour cela il a barré la voie avec une grande plaque de tôle placée verticalement et calée de chaque coté avec un grand rocher. Ainsi « le monde de la nature et celui de l’industrie se trouvent réconcilier ».  

6. Allée de Flore – Relatum – Earth of the bridge

Le tablier du pont est symbolisé par une plaque d’acier posée au sol. Il est flanqué de chaque coté d’un gros rocher qui représente ses culées. Celles-ci sont effectivement le plus souvent en pierres de taille ou maintenant en béton armé. On retrouve la cohabitation paisible entre nature et industrie. Vision idyllique s’il en est.

7. Bosquet du Dauphin – Relatum – Four sides of messengers

Quatre plaques d’acier qui se font face. A une de leurs extrémités, un rocher semble tenir la place de la tête. Un dialogue peut-être silencieux s’établit entre elles. La vie semble calme sinon heureuse.

8. Le bosquet de l’étoile – Relatum – L’ombre des étoiles

La particularité de ce bosquet est qu’il est resté largement inachevé. Le Nôtre avait prévu en son centre un vaste aménagement tel qu’on peut le voir sur le plan du domaine de Versailles distribué à l’accueil.

Ce lieu est donc resté à moitié sauvage et la grande prairie centrale est régulièrement colonisée par les familles qui peuvent piqueniquer ou jouer au ballon sans craindre l’intervention des gardes.

Giuseppe Penone avait compris qu’il pouvait, en ce lieu, se distraire du parrainage pesant de Le Nôtre et être libre. Il y implanta ce qu’il appela «  une bataille d’arbres ».

Lee Ufan prend la même liberté. En ce lieu il crée la plus importante de ses installations. On peut y admirer le gravillon de marbre qui recouvre le sol d’une lumière lunaire. Les rochers qui symboliseraient les étoiles et leurs ombres qui sont pour partie naturelles et pour partie peintes. Tout est calme et beauté loin du 18ème siècle !

 

9. Bosquet des bains d’Apollon – Relatum – La tombe, hommage à André Le Nôtre

Quelle curieuse idée de rendre hommage à Le Nôtre à travers une tombe implantée dans un bosquet qui justement n’est pas son œuvre mais celle d’Hubert Robert réalisée cent ans plus tard. Certains ont parlé d’humour de la part de Lee Ufan. Quoiqu’il en soit cette installation est difficile à voir car, compte-tenu des travaux en cours dans le bosquet, elle n’est accessible que le mardi.

La Corée est surnommée « le pays du matin calme ». Peut-être est-il possible de reprocher à Lee Ufan d’être un peu trop calme ? Evidemment la provocation n’est pas une fin en soi mais les expositions précédentes qui se sont tenues au château avaient plus de corps. Citons par exemple : Vasconcelos, Penone ou Jeff Koons.

Article rédigé par Jean-Claude Bertrand

***

Renseignements pratiques

L’exposition a lieu jusqu’au 2 novembre 2014.

Les neuf sculptures ci-dessus mentionnées sont implantées dans le jardin. Celui-ci est ouvert tous les jours de 9 h à 18 h 30.

Son entrée est gratuite le lundi, le mercredi, le jeudi et le vendredi.

Elle est payante au tarif de 8 € tous les mardis et donne accès aux jardins musicaux.

Elle est payante au tarif de 9 € tous les samedis et dimanches et donne accès aux Grandes Eaux musicales.

 

 

 

Laisser un commentaire