L’audit financier se penche sur le passé

Les résultats de l’audit financier étaient attendus avec une certaine fébrilité. C’est dans le cadre de la séance du conseil municipal du 18 novembre 2014 que le cabinet Mazars a présenté une synthèse de ses travaux. (1)

D’emblée, Philippe Chrétien, conseiller d’opposition (Union pour Louveciennes), bien qu’il ne remette  «pas en cause le professionnalisme » du cabinet Mazars émet « les plus grandes réserves sur les propos qui vont être tenus ». Le motif de ses griefs est lié au fait qu’André Vanhollebeke, l’ancien maire, n’a jamais rencontré les auditeurs « alors qu’il est le plus concerné. » Parce qu’il n’y a pas eu une procédure contradictoire, il conclut par des qualificatifs très durs comme « audit dénaturé, audit dévoyé, outil de propagande.» (2)

Par la suite, au cours de la présentation, André Vanhollebeke est intervenu, d’une manière mesurée, pour fournir des explications ou faire des objections, la plupart d’entre elles recevables.

On rappellera que l’audit a été demandé par Caroline de Bailliencourt au nom de la liste d’opposition Union pour Louveciennes. Il y a eu peut être une déception pour cette équipe qui s’attendait à ce que l’audit donne un satisfecit général à la gestion de l’ancien maire, que « la mairie était gérée, bien gérée même » selon l’expression de Caroline de Bailliencourt. C’était méconnaître la nature d’un audit (3). En définitive cependant, peu de critiques ont été émises sur la gestion passée, la principale portant sur le rythme de désendettement, ce dont on reparlera (4).

La mission confiée à Mazars visait « à aider à construire la stratégie financière pour le mandat 2014-2020 », avec une démarche en deux temps : d’abord une analyse financière classique et rétrospective fondée sur l’évolution de quelques grandeurs, soldes et ratios et leur comparaison avec des moyennes régionales ou nationales puis pour l’aspect prospectif, une simulation financière se concluant par quelques recommandations de bon sens mais qu’il n’est pas mauvais de marteler.

A quoi a donc servi l’audit financier ? Nous étions sceptique sur son utilité et pour ceux des lecteurs qui suivent attentivement les questions financières de la commune, l’audit ne leur aura pas appris grand chose de nouveau (cf notre article du 10 avril 2014 « A quoi peut bien servir un audit financier ? »).

Pouvait-il en être autrement ? Le cabinet Mazars dispose d’une méthodologie éprouvée mais qui se situe à un niveau global. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’avec un budget de 7 800  € (duquel il faut déjà déduire 20 % de TVA), il reste, compte tenu des taux horaires pratiqués par les cabinets d’audit, peu d’heures pour mener des investigations poussées ou faire des propositions détaillées.

Le travail du cabinet Mazars n’a pas remis en cause la régularité et la sincérité des comptes de Louveciennes ; il a montré ce qu’on savait : que dans les années à venir, sauf à augmenter d’une façon importante les impôts, on devra procéder à une révision drastique « des services rendus à la population ». Et c’est là où l’on regrettera que l’on n’ait pas, à l’occasion de l’audit, procédé à une analyse approfondie des dépenses de fonctionnement. On pourrait enfin discuter intelligemment des arbitrages à opérer.

S’agissant de l’analyse rétrospective (2008-2013), on ne peut être que d’accord sur des constats du type :

  • Louveciennes présente « une situation financière structurellement tendue en raison du poids de l’endettement élevé »  (qui ne date d’ailleurs pas de l’ère André Vanhollebeke) ;
  • l’encours de la dette représente, hors éléments exceptionnels, 11 ans de capacité d’autofinancement annuelle ;
  • la dotation de l’Etat constitue une recette importante mais elle a baissé tous les ans ;
  • les produits fiscaux (716  €  par habitant, supérieurs à la moyenne) ont augmenté de 4 % en moyenne sur la période (hausse des bases et des taux) ; le produit est obtenu par des bases supérieures aux moyennes, alors que la pression fiscale est globalement inférieure à la moyenne (effet de taux et des abattements de la taxe d’habitation) ;
  • les charges de personnel sont élevées par rapport aux ressources que la commune maîtrise : ces charges représentent 94 % du produit des impôts locaux.

La seule critique qui surnage est celle qui consiste à dire que « le produit des cessions perçu en 2009, aurait pu être utilisé pour opérer un désendettement encore plus important. Il s’agit d’une perte d’opportunité alors que l’endettement plombe littéralement la ville.» (5) André Vanhollebeke parle de « jugement de valeur discutable » et rappelle que « la commune a quand même remboursé 1 M€ d’emprunt chaque année ». Comme l’expert se refusait à aller sur le terrain des choix politiques, on en est resté là. Il ne connaissait pas, il est vrai, le détail des dossiers ce qui est excusable dans le cadre d’une analyse financière rapide. De même, le fait que Louveciennes pendant très longtemps n’a pas eu d’interlocuteur crédible sur Villevert, le fait qu’il y a eu des recours interminables contre le permis de construire des tennis de la rue de Voisins, constituaient, parmi d’autres, des freins non négligeables à l’action de la commune. Il aurait fallu contextualiser…

L’analyse financière rétrospective est donc restée à un niveau de généralité et aurait parfaitement pu être réalisée en chambre. En revanche, si on considère la synthèse comme concourant à la formation des élus en les familiarisant aux concepts de l’analyse financière et aux principales données chiffrées de Louveciennes, l’exercice est réussi.

Enfin, dans cette synthèse, on chercherait en vain, les traces d’un brulôt contre la gestion financière de l’ancien maire. Les craintes exprimées par Philippe Chrétien nous paraissent bien excessives.

FK 

Prochain article : L’audit financier nous promet des temps difficiles

« Le Penseur » de Rodin illustre notre article ; il s’agit d’une des multiples copies de l’oeuvre qui est installée à Copenhagen.

(1) La synthèse a été présentée par Thierry Grégoire, senior manager du cabinet Mazars sur la base d’une série de transparents qui ont été publiés par la mairie sur son site :

http://www.mairie-louveciennes.fr/download/CONSEILS%20MUNICIPAUX/mazars_louveciennes_synthese_audit_financier_oct_2014_v2.pdf

Les membres de la Commission des finances (non publique) ont eu la primeur des conclusions des auditeurs, la semaine précédente.

Le rapport définitif n’a pas encore été publié. Philippe Chrétien regrette que les conseillers de l’opposition n’aient toujours pas eu accès au rapport alors que, selon lui, le maire en dispose depuis fin septembre.

Une vidéo de la séance du conseil municipal est accessible sous le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=Nrj1uAp4YKs

> la séquence concernant l’audit financier démarre à la 45ème minute de la séance du conseil qui en compte 2 h 46 minutes 45 secondes

(2) L’auditeur de Mazars a été amené à préciser que dans ce type d’audit « nous ne rencontrons jamais les ordonnateurs, on ne se prononce pas sur l’opportunité des décisions. Nous ne voyons les élus que pour leur rendre compte de notre mission.»

(3) Un audit  a habituellement une « tonalité critique » En effet le constat d’une irrégularité, d’une déficience est fondé sur des informations qui, si l’auditeur a bien fait son travail, sont irréfutables. En revanche aboutir à une opinion positive sur la bonne gestion est beaucoup plus difficile car cela suppose un examen approfondi et des sondages très étendus et en conséquence des moyens importants (en temps, en nombre de collaborateurs) qui sont rarement réunis dans les missions.

(4) Deux constats qui paraissent à priori peu significatifs ont été relevés par le cabinet Mazars :

– les règles comptables applicables au budget d’assainissement n’ont pas été actualisées en 2008, il peut en résulter un risque de sous-évaluation des redevances (mais ce risque n’a pas été chiffré) ;

– le CCAS qui porte des activités importantes contrairement à d’autres villes a recours à une ligne de trésorerie d’une manière structurelle et qui n’est pas soldée en fin d’année ce qui minore le montant de la subvention de la ville (250 000  € fin 2013) ; André Vanhollebeke conteste ce point de vue car il s’agit pour l’essentiel de sommes dues par les Allocations familiales et non encore versées. 

(5) 2009, c’est l’année de la cession de 40 logements sociaux (Les Gauthiers)  appartenant à la commune et qui va donner aux finances de Louveciennes une véritable bouffée d’oxygène dont elle avait grandement besoin. 
La commune a encaissé une somme nette de 3,940 millions €.

A cette occasion, un débat intéressant s’est noué autour de ce qu’on peut appeler « la cagnotte » :  il y a ceux qui ont souhaité profiter de cette rentrée exceptionnelle pour désendetter la commune, il y a ceux au contraire qui ont penché pour la réalisation d’investissements structurants.

Nous avons rendu compte de ce débat dans notre article du 11 juillet 2009 : « Investir ou se désendetter : que faire de la cagnotte ? » https://louveciennestribune.fr/investir-ou-se-desendetter-que-faire-de-la-cagnotte/

 D’autres articles ont précédé ou suivi ce dossier.

Cet article a 19 commentaires

  1. Boleslas Palewski

    « André Vanhollebeke est intervenu, d’une manière mesurée, pour fournir des explications ou faire des objections, la plupart d’entre elles recevables. »
    Pour ma part, j’ai trouvé que M. Vanhollebeke n’avait pas fait preuve de fair play puisqu’il n’a pas arrêté d’interrompre M. Grégoire, l’auditeur, alors que ce dernier avait demandé de poser les questions à la fin de son intervention.
    Les objections de M. Vanhollebeke étaient, pour la plupart, agressives et péremptoires.
    S’il les avait faites à la fin du discours de M. Grégoire, la majorité d’entre elles n’aurait pas eu lieu d’être.

  2. Pascal

    Cet exercice réussi, car pédagogique, a également montré en creux l’ineptie des querelles d’égos alors que la commune dans son ensemble devrait être tendue vers la recherche d’une « bouffée d’oxygène » permanente.

  3. Antoine

    comme à son habitude ce site sous couvert de neutralité fait la promotion de M. Vanhollebeke en affirmant le contraire de ce qui s’est passé au conseil municipal. Arrêtons de lire ces soit-disant compte-rendus et analyses et regardons plutôt le conseil municipal en vidéo pour se forger une opinion.

  4. Pierre

    Qu’a fait M. Vanhollebeke en 2009 avec le produit de la vente des logements sociaux ? Aménager la place de l’église et laplace de la Poste. Comme priorité il y avait mieux à faire. C’est pourquoi, s’il devait y avoir de nouvelles elections ce que je ne souhaite pas je ne voterai pas Vanhollebke mais pour la liste Viard.

  5. Roger

    la liste Viard est soutenue par Lequillier qui avec la collaboration de Vanhollebeke nous a mis dans cette situation ! Ni l’un ni l’autre ! De l’air !

  6. jules

    Les finances de la mairie sont plombées depuis 15 ans, et peut-être pour 15 ans encore….
    Que n’a-t’on fait un audit en 2001 sur nos perspectives, au moment ou P. Lequillier nous laissait avec une dette abracadabrantesque de 18 Mio €!
    A ce propos, saluons la magnanimité (ou l’inconscience???)de P-F. Viard qui se pare à chaque campagne électorale du soutien (ou de la complicité???) du maire « grand endetteur » devant l’éternel!!

  7. jules

    @Antoine
    Quelle mauvaise foi, lecteur masochiste!
    Comment pouvez-vous ainsi critiquer La Tribune, quand ses lecteurs de tous bords s’accordent à reconnaître l’objectivité et la pertinence de ses analyses?

  8. Antoine

    en réponse à Jules. Il suffit de lire cet article pour s’apercevoir que m Kremper n’est pas objectif. M. vanhollebeke a été odieux pendant cette séance et ses interventions très agressives, or M. kremper écrit « André Vanhollebeke est intervenu, d’une manière mesurée, pour fournir des explications ou faire des objections, la plupart d’entre elles recevables. ». Si ça ce n’est pas manquer d’objectivité !!!

  9. suzanne

    @ antoine j’ai pu visionner la vidéo du conseil et je n’ai pas trouvé M Vanhoellebeke odieux ou agressif…j’encourage tous ceux qui auraient un doute à visionner cette vidéo et du coup constater qu’ Antoine est en effet de très mauvaise foi!! En revanche, quand Mme De Baillancourt s’est exprimée avec un fort accent anglais, M Schwetzer, maire adjoint de la culture, s’est moqué d’elle ouvertement en lui demandant de traduire ce qu’elle venait de dire en « français » ou qqchose de semblable. Une honte!

  10. Antoine

    il est vrai que M Vanhollebeke est d’humeur constante…pas plus agressif que d’habitude !

  11. Serge2

    Antoine vous êtes fatigant à la longue. Qu’on arrête cette polémique douteuse et qu’on discute du fond. Je ne vous ai pas beaucoup entendu dans ce domaine.

  12. un ainé

    « Audit !Audit!Audit! » en sautant sur sa chaise comme un cabris ,aurait dit le Général.
    Lequiller dans sa splendeur ,avec la complicité involontaire(?) de VHB, a laissé à la commune une dette qui aurait du lui valoir la mise sous tutelle par le préfet, dés 2002.
    VHB a fait ce qu’il a pu pour diminuer la dette, après avoir recueilli la succession, fruit d’années d’allégeance (ça valait le coup qu’il ferme les yeux pendant les années ou il était l’adjoint de Lequiller).
    Mais cela c’est l’histoire (petite) .Mais elle se mord la queue.
    En fait ils se mordent l’un ,l’autre.A nos frais.
    Cette commune vit au dessus de ses moyens,(comme toute la France) depuis des années (avec une imposition locale parmi les plus importante du département).
    Mais il faut bien se parer des plumes du paon quand on veut avoir une carrière « NATIONALE ».
    VHB a fait ce qu’il a pu pour diminuer la dette,en vendant le patrimoine,mais sans couper,ou si peu, dans les dépenses de fonctionnement
    Et si on faisait des vrais économies:
    on pourrait faire payer,entres autres,à leurs justes prix les services rendus à la partie de la population qui peut les payer.
    Supprimant par exemple les subventions à des associations confessionnelles ou autres.
    En faisant payer comme dans toutes les communes, au alentour, le stationnement en centre ville .
    ETC..ect……..
    Et puis si on en finissait avec les politiques purement électoralistes,pratiquées au nom du lien social.
    Pour exemple: une petite anecdote pour finir et sourire…jaune:
    J’ai été récemment invité à déjeuner par la mairie et une maire adjointe, pour,me dit t-elle dans son courrier ,fêter mon anniversaire,en octobre !! ).
    Action politique en faveur des ainés ,j’imagine.
    En effet je viens juste de dépasser 65 ans ,malheureusement!!
    Pas bol,mon anniversaire tombe en mai et je ne fais pas partie ni des gens seuls ,ni dans le besoin.
    voila un exemple banal mais symptomatique d’une politique en « Faveur des Aines »au minimum mal ciblé,au pire démago et électoraliste.
    Mais surtout dispendieuse.
    Il est facile ….mais ridicule de m’inviter à déjeuner avec ‘ mes impôts locaux » .
    Mme l’adjointe, svp, faites moi un ristourne sur mes impôts , que j’aille boire un coup avec qui me plait.
    Amis(es) ! Rendez-vous « au bistrot des pompiers »,pour une petite mousse.
    Zut ,j’avais oublié :il est fermé:tant pis pour le lieu social.
    Bonsoir.

  13. Christian

    Une première chose est sûre, si l’on veut s’en foutre plein les fouilles, mieux vaut être « auditeur » que Maire. Une deuxième chose est sûre, si l’on veut faire un travail utile, mieux vaut être Maire qu' »auditeur ».

  14. Non Christian

    Christian
    Celui qui se met plein les fouilles c’est l’Etat avec sa TVA de 20 % pour servir sa très nombreuse clientèle
    Je ne pense pas que Mazars qui doit quand même payer le salaire et les charges sociales de ses collaborateurs ait fait d’énormes profits sur cette toute petite mission
    Passons à l’essentiel : cet audit a t’il été utile ? oui parce qu’il a fait prendre conscience à tous les citoyens éveillés que les difficultés sont devant nous.

  15. Christian

    Nous étions au bord du gouffre (financier) : nous avons fait un pas en avant ! Ah les audit, les normes ISO, les certifications, les référentiels de gouvernance, le développement durable, les gilets jaunes, la vigilance orange, et toutes ces choses. On vit vraiment une époque formidable…

  16. Rosemarie Boss

    Reponse à un ainé = Je suis à la retraite depuis 13 ans et j’ai toujours apprecié le fait que la Mairie invite pour les anniversaires. Pensez un peu, Monsieur l’ainé, qu’il y a des gens qui en vieillissant qui n’ont pas de famille à Louveciennes et qui vivent une grande solitude et n’ont personne avec laquelle feter leur anniversaire. Mille fois merci à la Mairie!
    Et , à mon avis, c’est tomber bien bas de rapprocher cela aux impots locaux !!

  17. un ainé

    Rose-Marie,
    je vous connais bien,et tant mieux si si la communauté des louveciennois à travers la mairie vous souhaite votre anniversaire,vous le méritez.
    Mais vous m’avez mal lu ,je pense que l’action vis à vis des seniors doit s’exercer avec discernement et à propos et surtout pas pour faire la pêche aux voix.

  18. Rosemarie Boss

    monsieur l’ainé,Ce n’est pas la peche aux voix ! Les repas d’anniversaires remonte au temps de Madeleine Girard, merveilleuse conseillere municipale, il y a au moins 20, sinon 30 ans. Tous qu’elle a fait n’avait rien à voir avec les elections et pour moi elle etait la sainte de Louveciennes.
    Elle a mis en place plein de choses pour les vieux, ainsi que Jacques Lay et maintenant Cedric. Je me refuse à penser que les elections etaient au coeur de leurs demarches !!
    Les repas d’anniversaires sont a merveilleux brassage de gens qui ne connaissent pas – sans parler d’une tres bonne tranche de foie gras arroser
    de champagne. Je vous souhaite d’apprecier quand vous aurez mon grand age (dans 13 ans)

  19. cyberic

    «  »..le fait que Louveciennes pendant très longtemps n’a pas eu d’interlocuteur crédible sur Villevert » »
    Malheureusement ça en dit long sur la non gestion du maire précédent, sur Villevert comme sur d’autres dossier. Se prendre 3 recours sur le projet des tennis municipaux est une honte. Encore heureux qu’il ne faille pas évacuer toute la zone habitée le long des voies SNCF..dès fois que le train déraille.

Laisser un commentaire