Vu de Louveciennes, que peut-on retenir des élections départementales ?

Les élections départementales des 22 et 29 mars 2015 se sont déroulées d’une manière inhabituelle. Les modalités du scrutin ont été profondément modifiées (1) : les cantons changés de taille et redécoupés, si leur nombre a été réduit de moitié, en revanche le nombre de conseillers est resté identique puisqu’on a institué des binômes homme/femme, une première mondiale ; pendant ce temps, le Parlement a continué à discuter des compétences des départements. Il n’est plus question de les supprimer comme en 2014 lorsque Manuel Valls dans sa déclaration de politique générale (8 avril 2014) annonça son intention de supprimer les départements, suivi par François Hollande qui déclara à la Télévision : «Je pense que les conseils généraux ont vécu » (6 mai 2014).

Les enjeux locaux ont pratiquement été absents de la campagne. A Louveciennes, on connaissait à peine les candidats, dans un canton reconfiguré où manquait Pierre Lequiller que le redécoupage et la parité ont empêché de prolonger son mandat de conseiller au long cours (35 ans).Tout au plus avait-on pu relever le nom de Philippe Brillaut, maire du Chesnay, mais peu de Louveciennois aurait été dans la capacité de détailler ses états de service.

De fait, ici comme ailleurs, l’électeur a voté pour une « marque », pour un parti. De surcroit, la volonté de Manuel Valls de « nationaliser » le débat et de le focaliser sur le Front national a conduit à ce désintérêt pour l’examen des choses locales. L’UMP-UDI n’était pas en reste en rajoutant à l’obsessionnelle question du FN, la critique de la Présidence Hollande.

Les résultats dans le canton du Chesnay et à Louveciennes

Avec 76,34 % des voix, le binôme UMP composé de Philippe Brillaut et de Sylvie d’Estève l’a très nettement emporté au second tour des élections départementales dans le canton du Chesnay dont fait partie Louveciennes (2). Aucune surprise dans ce résultat car le canton était largement acquis à la droite.

Le score du Front national était scruté avec intérêt. Sans atteindre le quart des voix comme à l’échelle nationale, il a fait au premier tour un score remarqué  dans le canton du Chesnay (15,69 %) et dans les Yvelines (20,23%).

Si l’on s’en tient à la seule commune de Louveciennes (3), la percée est indéniable. Les candidats du Front national ont obtenu 381 voix sur 2517 exprimés soit 15,14 % alors que jusqu’à présent leur score se situait sous la barre des 10 % : ainsi Jean-Marie Le Pen avait recueilli 5,69 % des voix lors des Présidentielles de 2007, Marine Le Pen 8,63 % en 2012.

Grand Chelem pour la Droite dans les Yvelines et réélection dans un fauteuil de Pierre Bédier

Dans les Yvelines, les 42 sièges reviennent tous à l’UMP, à l’UDI et aux divers droite, l’assemblée sera ainsi  monocolore sans représentant de l’opposition. La raison principale : le mode de scrutin retenu (majoritaire, binominal) alors que l’intelligence aurait été de l’aligner  sur le scrutin de liste tel qu’il prévaut pour les municipales et les régionales.

La salle du conseil départemental des Yvelines à Versailles

Pierre BEDIER

Pierre Bédier (UMP) a retrouvé le 2 avril 2015 son poste de Président du Conseil départemental (précédemment appelé conseil général) en récoltant 38 voix sur 42, les 4 derniers bulletins étaient blanc. S’il est généralement considéré comme un Président très efficace, il est quand même étonnant que son passé judiciaire soit si facilement accepté. En décembre 2006, il avait été condamné à 18 mois de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et six ans d’inéligibilité pour « corruption passive et recel d’abus de biens sociaux ». Ce jugement avait été confirmé en appel puis par la Cour de cassation rejetant son recours (4).

Devant certaines (rares) critiques, Henri Guaino, député des Yvelines (5), qui se pose souvent en grande conscience morale, a estimé que toute personne à droit à une seconde chance. « C’est un vieil ami. Je le soutiens sans état d’âme. J’ai la conviction que c’est quelqu’un d’honnête. Il a le droit au pardon. On l’accorde bien à tous les voyous de la terre. » (6)  

Certes. Mais pourquoi faut-il absolument exercer cette seconde chance dans la sphère politique. Il y a bien des professions qui pourraient s’ouvrir à une personne aussi entreprenante que Pierre Bédier.

Henri Guaino va plus loin en affirmant que « L’histoire est pleine d’erreurs judiciaires et d’abus. Les juges ne sont pas des citoyens au-dessus des critiques. » (6). Personne ne contestera qu’il y a eu des errements de la Justice ces dernières années mais il convient d’être prudent dans son expression, une remise en cause systématique de cette Institution peut saper la confiance des citoyens dans la République.

Des marges de manœuvre réduites par l’Etat

Au cours de la campagne électorale, on a très peu parlé des compétences, des bilans et des perspectives pour des raisons déjà évoquées à savoir la nationalisation du débat autour de la question du Front national dans la perspective des Présidentielles de 2017.

Trois compétences représentent les neuf dixièmes des interventions des départements : les routes départementales, le bâti des collèges et l’action sociale. Cette dernière représente la moitié de leurs dépenses de fonctionnement (2013). Elle concerne notamment les  différentes allocations individuelles que sont l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), la prestation de compensation du handicap (PCH), le revenu de solidarité active (RSA) auxquelles il faut rajouter les frais d’hébergement en établissements.

Ces dépenses sociales se caractérisent par leur croissance plus forte que les ressources des départements, alors que l’Etat a gardé la main sur les normes et l’orientation générale de cette politique. Les départements sont dans l’obligation de payer toutes les allocations, des lors que les conditions sont remplies. Dans ces conditions, la couleur politique de l’exécutif ne change rien (ou presque rien) à l’affaire. Les compétences comme on le voit sont essentiellement axées sur la redistribution et fonctionnent comme des « guichets sociaux ».

Comme pour les autres collectivités locales, les contraintes financières pesant sur les départements vont devenir très fortes et se traduiront, selon toute vraisemblance, par une baisse de l’investissement, un recours à la tarification de certains services comme dans le domaine du transport.

Le département des Yvelines est relativement riche, comparativement à d’autres départements. Son budget 2014 s’est élevé à 1,256 milliard d’euros. S’il consacre une part importante à l’action sociale, il lui reste cependant des montants non négligeables pour investir dans les équipements et infrastructures du territoire et à cet égard le « Haut débit » constitue un de ses  projets majeurs.

FK

(1) « Des élections départementales sans visibilité » – article du 24 février de La Tribune de Louveciennes

(2) Résultat des élections dans le canton du Chesnay

1er tour : M. Le Glatin + Mme Radix (PCF) : 2,66 % – M. Basdevant + Mme Delaigue (PS) : 15,74 % – Mme Durand-Smet + M. Hamon (DVD) : 14,33 % – M. Brillaut + Mme d’Estève (UMP) : 51,58 % – M. Harismendy + Mme Mulliez (FN) : 15,69 %

2ème tour : M. Basdevant + Mme Delaigue (PS) : 23,66 % – M. Brillaut + Mme d’Estève (UMP) : 76,34 %

(3) Résultat des élections à Louveciennes

1er tour : M. Le Glatin + Mme Radix (PCF) : 2,42 % – M. Basdevant + Mme Delaigue (PS) : 15,85 % – Mme Durand-Smet + M. Hamon (DVD) : 14,58 % – M. Brillaut + Mme d’Estève (UMP) : 52,01 % – M. Harismendy + Mme Mulliez (FN) : 15,14 %

2ème tour : M. Basdevant + Mme Delaigue (PS) : 22,15 % – M. Brillaut + Mme d’Estève (UMP) : 77,85 %

(4) La carrière politique de Pierre Bédier

30 septembre 1957 : naissance à Mont-de-Marsan

Etudes à l’Institut politique de Paris et à l’Essec

19 juin 1995 – 7 juillet 2002 puis du 12 février 2004 au 3 janvier 2005 : maire de Mantes-la-Jolie (Yvelines)

17 juin 2002 – 22 janvier 2004 : Secrétaire d’Etat aux programmes immobiliers de la Justice dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin

12 décembre 2006 : condamnation par le Tribunal de Grande Instance de Paris à 18 mois de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et six ans d’inéligibilité pour « corruption passive et recel d’abus de biens sociaux ». La durée de l’inéligibilité a été réduite à trois ans après une modification du code électoral en 2011

16 mai 2008 : condamnation confirmée par la Cour d’appel de Paris

20 mai 2009 : rejet du pourvoi en Cour de cassation

30 juin/7 juillet 2013 : élection cantonale partielle, Michel Vialay, qui avait pris sa succession dans son canton de Mantes-la-Jolie, a démissionné, Pierre Bédier redevient conseiller à une large majorité (60,23 %)

11 avril 2014 : à la suite de la démission d’Alain Schmitz, réélection à la présidence du Conseil général des Yvelines

22 mars 2015 : au premier tour le binôme Bédier + Willaume recueille 35,01 % devant le binôme du FN 28,92 %

29 mars 2015 : au second tour, le binôme Bédier + Willaume l’emporte avec 66,7 % des voix

2 avril 2015 : élection comme Président du Conseil départemental des Yvelines

(5) Henri Guaino, plume de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, est député UMP de la 3ème circonscription des Yvelines (Le Chesnay, La Celle-Saint-Cloud, Saint-Nom-la-Bretèche).

(6) Interview donnée le 14 juin 2013 au Courrier des Yvelines

 Les 42 conseillers de la nouvelle assemblée départementale

Aubergenville (01)

M. Laurent RICHARD

Mme Pauline WINOCOUR LEFEVRE

Bonnières-sur-Seine (02)

Mme Josette JEAN

M. Didier JOUY

Chatou (03)

M. Ghislain FOURNIER

Mme Marcelle GORGUES

Le Chesnay (04)

M. Philippe BRILLAULT

Mme Sylvie D’ESTEVE

Conflans-Sainte-Honorine (05)

Mme Catherine ARENOU

M. Laurent BROSSE

Houilles (06)

Mme Nicole BRISTOL

M. Alexandre JOLY

Limay (07)

Mme Cécile DUMOULIN

M. Guy MULLER

Mantes-la-Jolie (08)

M. Pierre BEDIER

Mme Marie-Célie GUILLAUME

Maurepas (9)

Mme Alexandra ROSETTI

M. Yves VANDEWALLE

Montigny-le-Bretonneux (10)

M. Michel LAUGIER

Mme Laurence TROCHU

Les Mureaux (11)

M. Yann SCOTTE

Mme Cécile ZAMMIT-POPESCU

Plaisir (12)

M. Bertrand COQUARD

Mme Joséphine KOLLMANNSBERGER

Poissy (13)

M. Karl OLIVE

Mme Elodie SORNAY

Rambouillet (14)

M. Georges BENIZE

Mme Christine BOUTIN

Saint-Cyr-l’Ecole (15)

M. Philippe BENASSAYA

Mme Sonia BRAU

Saint-Germain-en-Laye (16)

Mme Elisabeth GUYARD

M. Philippe PIVERT

Sartrouville (17)

M. Pierre FOND

Mme Janick GEHIN

Trappes (18)

Mme Anne CAPIAUX

M. Jean-Michel FOURGOUS

Verneuil-sur-Seine (19)

Mme Hélène BRIOIX-FEUCHET

M. Jean-François RAYNAL

Versailles – 1 (20)

Mme Claire CHAGNAUD-FORAIN

M. Olivier DE LA FAIRE

Versailles – 2 (21)

Mme Marie-Hélène AUBERT

M. Olivier LEBRUN

 >>>>> http://www.yvelines.fr/elus/

Cet article a 5 commentaires

  1. Denis Allard

    En France, vous avez un problème pour obtenir un crédit bancaire si vous avez subi une opération chirurgicale bénigne et que vous avez la naïveté de le déclarer à votre banque.
    En revanche, une condamnation pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux confirmée en appel et entérinée par la cour de cassation ne pose aucun problème pour « diriger » un des départements les plus riches de France.
    Moralité ? Il y a une prime au tricheur. Chacun appréciera à l’aune de sa conscience et de sa vision du monde. Et que M. Guaino se garde de donner des leçons de tolérance, les citoyens ont besoin de justice, pas de complaisance.

  2. Gael

    Pour les élections départementales, nationales ou autres, il faut voter des personnes compétents et qui ont envie de bosser pour les citoyens et leurs villes ou villages. Je suis pour l’éffarouchement des personnes paresseux qui veulent juste gagner du fric en signant des papiers.

  3. cyberic

    ..et si on supprimait enfin les départements ? 😉

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