L’arbre dans la ville (2)

Indispensables dans les villes, les arbres doivent être protégés pour pouvoir y être conservés.

par Michel Zourbas

Compte tenu des bienfaits apportés par les arbres, il est nécessaire de protéger et conserver les arbres dans nos villes. Plusieurs recommandations peuvent être faites à cet effet.

  Inscrire les plus beaux arbres au Plan Local d’Urbanisme (PLU)

Aucune loi ne protège véritablement les arbres. C’est pourquoi leur inscription au Plan Local d’Urbanisme est importante. Elle leur assure un minimum de protection du fait de leur identification et des prescriptions de nature à assurer leur préservation inscrites dans son règlement.

A cet effet, un inventaire des arbres à protéger est réalisé, et le plan de zonage localise avec précision les arbres ou groupes d’arbres à protéger.

La protection d’un arbre, pour être efficiente, doit porter non seulement sur sa conservation, mais également sur la préservation de l’espace vital nécessaire à ses branches et à son système racinaire. C’est pourquoi le règlement du PLU définira un périmètre de protection de la zone sensible autour de l’arbre (partie aérienne, mais aussi souterraine de l’arbre) et donnera des prescriptions de nature à assurer leur préservation, notamment en matière d’élagage et d’abattage. (10) (11)

(Le Séquoia – Louveciennes – Parc des 3 grilles)

Concevoir les projets immobiliers en tenant compte des arbres présents sur le terrain à bâtir ou à aménager.

La demande de logements neufs est chaque année importante. De plus, l’obligation de construire des logements sociaux imposent à de nombreuses villes de rechercher des terrains à bâtir, et parfois de construire sur des terrains partiellement, ou totalement, arborés. S’il y a de beaux arbres, il faudra prévoir de les conserver et concevoir le projet autour de ces arbres, en veillant à ne pas construire dans l’espace vital de ces arbres.

La réalisation d’un projet immobilier n’impose pas d’abattre tous les arbres. Il est toujours possible de prévoir l’intégration d’arbres existants dans un projet immobilier, ne serait-ce que pour l’agrément du site. Le PLU peut prévoir, dans tout projet immobilier, un pourcentage non négligeable de superficie inconstructible, ce qui permet d’envisager de conserver les plus beaux arbres. 

C’est le maire qui accorde les permis de construire. Il peut donc imposer au promoteur immobilier de concevoir son projet en y intégrant les arbres à préserver, et le contraindre ainsi à conserver des arbres sur le terrain à bâtir, sous peine de refuser de lui accorder le permis de construire. 

Il faut refuser d’accepter que tous les arbres présents sur le terrain soient abattus au motif qu’il en serait replanté d’autres, motif souvent avancé par le promoteur pour justifier cet abattage intégral.

Eviter les élagages trop fréquents et trop brutaux 

Il faut s’interdire de soumettre les arbres à des tailles ou des élagages sévères qui les laissent marqués par des plaies de grand diamètre et qui, de ce fait, les vouent à la maladie, ou même à la mort. « Elaguer sévèrement les arbres en ville dans le but d’améliorer la sécurité, voilà le vrai malentendu : ce sont précisément les élagages brutaux qui les rendent dangereux ». Francis Hallé (12)

L’arbre n’a pas besoin d’élagage. A-t-on déjà vu élaguer des arbres en forêt ? Non !  « Un arbre n’a pas besoin d’être taillé. C’est l’homme, qui, par convenance, a besoin de tailler un arbre » Alain Baraton (13)

Tailler, c’est couper. Cela revient à supprimer des feuilles nourricières (photosynthèse) et du bois stockant des réserves. L’élagage, du point de vue de l’arbre, est un traumatisme qui l’ampute d’une source d’alimentation et qui va l’obliger à reconstituer au plus vite une nouvelle frondaison pour retrouver la source d’alimentation qu’il a perdue.

De plus, les plaies provoquées constituent de potentielles portes d’entrée aux maladies et aux pouritures du bois, c’est-à-dire autant de futurs points de faiblesse mécanique. Tailler c’est aussi épuiser l’arbre car celui-ci doit à la fois résister à la progression des agents pathogènes, recouvrir les plaies par du bois neuf et produire de nouvelles pousses feuillées.

Prévenir les risques de nature à les altérer, pour pouvoir les conserver

Il faut conserver les arbres, plutôt qu’en replanter pour remplacer ceux que l’on aurait abattus. La compensation (plantation) ne doit pas servir de prétexte à faire n’importe quoi en matière d’urbanisme, et notamment à détruire l’existant naturel.

Replanter ne veut pas dire remplacer. La plantation d’un tout jeune arbre ne remplace pas l’arbre adulte qu’on a abattu (perte de biodiversité, …). L’engagement, souvent pris, de replanter un arbre chaque fois qu’on en a abattu un est une arnaque.

Pour pouvoir conserver les arbres d’une ville, il convient de les protéger en prévenant les risques de nature à les altérer, 

  • Prévenir la défaillance physique de l’arbre, en limitant le risque de rupture, en cas de fragilité notable. Pour renforcer la solidité de l’arbre, on peut disposer un étai sous la ramification pour alléger la charge qu’elle doit supporter. Pour éviter la chute de branches, on peut procéder à la pause de haubans destinés à retenir les structures, notamment les charpentières, susceptibles de rompre. Face au risque de chute de branches, haubaner l’arbre plutôt que de l’abattre « préventivement ».
  • Prévenir le risque d’asséchement du sol autour de l’arbre

        Pour éviter le piétinement autour de l’arbre et le tassement du sol, qui, en réduisant la porosité du sol au pied de l’arbre, est préjudiciable aux racines des arbres : entourer l’arbre de ganivelles (14) dans les parcs et jardins ; installer un plancher autour de l’arbre, 30 cm au-dessus du sol, dans les endroits particulièrement fréquentés par le public (restaurants en extérieur, places, cours d’école, …),

  • Prévenir les atteintes au système racinaire des arbres, notamment lors de travaux réalisés à leur proximité.

        Les racines, bien qu’elles soient cachées, ont une importance fondamentale dans la vie de l’arbre. Elles s’étendent généralement au-delà de l’aplomb du houppier (15) de l’arbre. En conséquence, on s’interdira tout traumatisme racinaire (tranchées, décaissements, tassement du sol, remblaiement) dans un rayon correspondant à au moins 100% de l’envergure du houppier. (16) 

Si une ville souhaite planter des arbres, pour en augmenter le nombre, il faut prendre garde de laisser à chaque arbre planté l’espace nécessaire à son développement (volume aérien et souterrain), espace dont il aura besoin lorsqu’il sera adulte, puis dix, trente ans plus tard. Laisser à l’arbre toute la place dont il aura besoin rendra inutile les tailles ultérieures, trop fréquentes et souvent brutales.

***

Les arbres doivent être protégés pour ce qu’ils sont, des êtres vivants fragiles et altérables, mais aussi, et peut-être surtout, pour ce qu’ils font : ils fournissent des services essentiels dans la lutte contre le changement climatique et contribuent à la préservation de la biodiversité.

Les arbres constituent un bien commun d’intérêt général. 

Ils sont essentiels pour la préservation de l’habitabilité de la Terre. (17)

(Louveciennes – Photo MZ)
(Louveciennes – Rue de la Croix-Rouge – Entrée Parc des Trois Grilles – Photo MZ)

___________________________________

Les références :

(10) Concernant la protection des arbres dans le PLU, lire la fiche-conseil du CAUE77 : « Protection des arbres au titre des articles L151-19 et L151-23 du code de l’urbanisme ».

https://www.arbrecaue77.fr/legislation / fiche « protection élément paysage »

(11) Ont été inscrit au PLU 2013 de Louveciennes : 23 arbres remarquables, un alignement remarquable, et 42 arbres à protéger. (Règlement / 4-3-b : pages 205-224)

(12) « Du bon usage des arbres » (Domaine du Possible – ACTES SUD)

(13) La main verte (France Inter)

(14) Clôture formée par l’assemblage de lattes de bois verticales, taillées en pointe d’un côté, séparées les unes des autres par un espace et assemblées par des tours de fils de fer galvanisé.

(15) Le houppier est la partie aérienne d’un arbre, en dehors du tronc. Il comprend la ramure (l’ensemble des branches et des rameaux) ainsi que les feuilles.

(16) Concernant la protection du système racinaire, lire la fiche-conseil du CAUE77 : « La protection du système racinaire des arbres lors des travaux de terrassement »

https://www.arbrecaue77.fr/proteger-et-soigner / fiche « protection racines travaux »

(17) Dans la conclusion de son livre « Raviver les braises du vivant », Baptiste Morizot insiste sur la nécessité de protéger le Vivant. Il met l’accent sur le rôle essentiel du vivant non-humain (le monde végétal et le monde animal) dans la préservation de l’habitabilité de la Terre : « Tout porte à croire que c’est le génie technique, le travail et l’intelligence humains qui construisent l’habitabilité de la planète. C’est en partie fondé, mais l’essentiel est ailleurs. Cette expérience quotidienne de la ville occulte le fait que ce n’est pas nous qui sommes responsables de l’habitabilité de la terre : ce sont les autres vivants qui rendent la Terre habitable. » L’homme ne rend pas la planète habitable : quand il ne dégrade pas, il ajuste, il améliore, mais c’est tout. Il bénéficie de ce que les autres formes de vie assurent l’habitabilité de la Terre.

Laisser un commentaire