
Le classement d’une large zone du territoire de Louveciennes en « Site patrimonial remarquable » (SPR) a donné lieu, dans le cadre de la procédure, à une enquête publique qui s’est déroulée du 19 juin au 11 juillet 2025.
Le commissaire enquêteur a rendu son rapport (1) en émettant en conclusion « un avis très favorable » à la création d’un SPR à Louveciennes. Il rappelle que « s’agissant d’un dispositif fondé sur la reconnaissance des intérêts «historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager », le SPR permet une véritable appréhension du territoire concerné, s’appuyant sur la cohérence et la qualité, qui excède une simple prise en compte patrimoniale focalisée sur la préservation des monuments historiques dont les abords s’appliquent uniquement en termes de « co-visibilité » avec lesdits monuments. L’architecte des bâtiments de France a donc la possibilité d’un plus large spectre d’évaluation notamment au regard de l’intérêt propre des lieux et de la qualité contextuelle des projets de construction et d’aménagement qui s’y développent. »
L’enquête portait sur le périmètre du futur SPR officiellement arrêté par le conseil municipal le 11 décembre 2024, puis soumis à l’examen de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) en mars 2025.
53 habitants ont contribué à l’enquête. Le commissaire-enquêteur, dans son rapport, présente et analyse d’une manière minutieuse les avis qui lui ont été transmis.
Les intervenants ont largement contesté le périmètre proposé, le commissaire a noté à cet égard « une très grande convergence des observations recueillies ».

/Il y a d’abord pour ceux qui ont suivi les travaux de près le sentiment d’avoir été floués. Ils pointent notamment les différences constatées entre les projets présentés en phase préparatoire lors des Comités de pilotage (COPIL) et le projet de périmètre officiellement arrêté par le conseil municipal le 11 décembre 2024.
Le commissaire-enquêteur ne fait pas mystère des raisons qui ont conduit à ces « retraits » de la part de la municipalité : « l’évolution du projet de périmètre a conduit au retrait de certains secteurs, ce qui, à l’analyse, tient probablement au fait que, principalement, ceux-ci font l’objet de mesures d’urbanisation au plan local d’urbanisme ou que des autorisations de construire des logements collectifs y ont été accordées. »
Le cas emblématique est représenté par la rectification du périmètre initial au bas de la rue de la Princesse (en lisière de Bougival) afin de permettre la réalisation d’immeubles collectifs comprenant 46 logements ; le permis de construire a été accordé en novembre 2024. (2)
Les contributeurs ont signalé d’autres exclusions qui leur semblent contestables ; elles ont retenu favorablement l’attention du commissaire-enquêteur qui après analyse propose leur inclusion.
La maison Julien Cain (MJC) est située au 18 rue de la Princesse « dans un secteur échancré du périmètre proposé » L’un des intervenants à l’enquête « rappelle que cette maison a été vendue par les héritiers du couple Cain à la Commune avec un vœu d’activité culturelle et suggère donc que celle-ci pourrait être valorisée à titre de « maison des illustres » » (en hommage à Julien Cain, grand administrateur de la Bibliothèque Nationale).
L’ancienne école Paul Doumer « est considérée d’intérêt patrimonial notamment pour sa façade ornée de fresques et il est rappelé que ce bâtiment, recensé à l’inventaire général du patrimoine culturel, avait été considéré comme « élément architectural remarquable » dans le dossier d’approbation du projet de PLU. »
Le Parc de la Pelouse « de plus de 3 hectares, entièrement boisé et situé dans la continuité au sud du projet de périmètre de SPR proposé. » Le commissaire remarque également que « les propriétés bâties attenantes, situées le long de la route de Versailles jusqu’à son intersection avec la rue du Parc de Marly, sont, quant à elles, incluses dans le projet. Par souci de cohérence, il juge donc tout à fait recevable la demande d’inclusion concernée. »
Secteurs du Cœur Volant et de la Croix de Marly
La résidence des Rougemonts « appréciée pour la qualité de sa morphologie bâtie et de son urbanisme « à l’américaine », sans clôtures et laissant place à de très larges espaces végétalisés entre les maisons ; ces espaces privés sont entretenus en commun, assurant un espace paysager pour tous, et apportent une contribution très importante à la trame verte. »
Les vergers le long de la voie ferrée (Vergers des Rougemonts) qui sont « reconnus pour leur valeur patrimoniale dans le PLU et par la MRAE, thème pour les peintres impressionnistes, appartiennent à la trame verte et que l’étude du SPR précise : « Préserver les espaces d’arboriculture » (…) Il y aurait une cohérence à reconsidérer l’inclusion de ces vergers qui participent, de fait, à la trame verte de la commune. »
La maison de retraite Korian et les autres terrains attenants, « largement végétalisés et ouverts, contribuent à la qualité paysagère du site. On y trouve un terrain boisé classé, plusieurs espaces verts à préserver et trois arbres remarquables, chemin des Vauillons. L’ensemble apporte une contribution significative à la protection paysagère des abords de l’Aqueduc et du Parc de Marly. »
Le commissaire-enquêteur justifie en revanche l’exclusion du périmètre de :
- la gare, la ligne de chemin de fer et le quartier de la gare,
- la rue de l’Etarché,
- le quartier formant une dent creuse entre la rue Paul Doumer, la rue de la Princesse et la voie de chemin de fer et le parking de la rue du Général de Gaulle,
- Villevert,
- les rives de Seine,
- la propriété et le mausolée du Maréchal Joffre
(on voudra bien se reporter au rapport du commissaire-enquêteur si on souhaite avoir plus de détails (1))
Les recommandations du commissaire-enquêteur
Le commissaire-enquêteur assortit son avis très favorable à la création d’un SPR d’un certain nombre de recommandations visant à réintégrer dans le périmètre des parcelles qui en avaient été exclues (certaines en toutes fins de procédures). Il s’agit de :
- réintégrer les parcelles AS 39 à 42 et AR 11 au bas de la rue de la Princesse (en lisière de Bougival) ;
- remettre « en cohérence » le périmètre proposé (du côté pair de la rue de la Princesse « au regard des intérêts patrimoniaux pointés par nombre de contributeurs à l’enquête, dont l’ancienne école Paul Doumer, la maison Julien Cain actuelle Maison des Jeunes et de la Culture » ;
- prendre en considération le secteur du Cœur Volant, en incluant notamment dans le périmètre la résidence des Rougemonts et les vergers attenants à la voie ferrée ;
- d’inclure le Parc de la Pelouse.
Le commissaire-enquêteur propose en conséquence un périmètre élargi dont le tracé figure ci-après.

Quel sort réserver aux recommandations ?
Il apparaît au commissaire-enquêteur que les modifications recommandées « ne seraient pas de nature à modifier l’économie générale du périmètre proposé à la CNPA (Commission nationale du patrimoine et de l’architecture) et ne seraient pas de nature à nécessiter une nouvelle enquête. Si cela n’était pas considéré comme tel, le commissaire-enquêteur rappelle que le Code de l’environnement offre à la commune responsable de ce projet de demander au Préfet des Yvelines, l’engagement d’une enquête publique complémentaire. »
De toutes façons, la procédure n’est pas terminée puisque la prochaine phase prévoit l’approbation d’un PVAP – Plan de valorisation de l’architecture et du patrimoine (le commissaire-enquêteur souhaite alors l’amélioration de la communication auprès des administrés, communication jugée insuffisante dans le cadre de la présente enquête).
Le commissaire-enquêteur a également noté que derrière les avis formulés par les habitants ceux-ci sont « implicitement opposés à l’intensification ressentie des opérations d’urbanisme »; il fait remarquer que ce facteur est étranger à la problématique associée aux SPR mais relèvent du PLU. Il recommande néanmoins une bonne articulation entre le futur PVAP (Plan de valorisation de l’architecture et du patrimoine) et le PLU (adopté en 2017 et validé récemment par le Conseil d’Etat) ; l’actuelle révision du PLU offre d’ailleurs une bonne opportunité pour le faire.
FK
(1) Rapport et conclusions du commissaire-enquêteur, Monsieur Dominique Masson – Enquête publique conduite du 19 juin 2025 au 11 juillet 2025 relative au classement en site patrimonial remarquable – sa délimitation (29 août 2025)
(2) Le commissaire-enquêteur a mené une analyse approfondie des parcelles AS 39 à 42 et AR 11 :
« – les parcelles concernées appartiennent à un site inscrit en 1946, dénommé « terrains et propriétés bordant la rive gauche de la Seine » dont elles constituent la bordure orientale ; elles sont dans la continuité de la « colline du Barry » ou « colline des impressionnistes » associée au grand paysage des coteaux de Seine, ce que confirme un point de vue figurant dans l’étude du SPR ;
– elles sont actuellement occupées par de grandes propriétés majoritairement boisées que le zonage du PLU confirme (zone UP flanquée d’espaces interstitiels végétalisés) et sont en totale rupture avec l’urbanisation de type pavillonnaire courant du côté opposé de la rue de la Princesse traité en zone UH.
Toutes ces observations et les vérifications en annexe sont de nature à conduire logiquement le commissaire-enquêteur à préconiser, sur ce secteur, un retour au périmètre inclusif présenté en Comité de pilotage (COPIL 2). »
Définition: Un Site patrimonial remarquable (SPR) est un périmètre protégé visant à préserver et mettre en valeur le patrimoine architectural, urbain et paysager d’intérêt public.
Paysager fait donc bien partie de la définition.
L’exclusion de la rue de l’Etarché du périmètre questionne quelque peu.
C’est une jolie petite rue, admirablement peinte par Sisley (La neige à Louveciennes, 1874 visible au Musée d’Orsay).
Elle est même tellement paysagère qu’elle fait partie du « Circuit des Impressionnistes » édité par la même mairie de Louveciennes qui veut maintenant la bétonner. Curieux paradoxe ! (https://www.mairie-louveciennes.fr/download/CADRE_VIE/Louveciennes_-_Ville_impressionniste.pdf)
Il est plus que douteux qu’une trentaine ou une quarantaine de logements sociaux mette en valeur ce petit bijou resté miraculeusement intact.
Il n’est pas ici question de remettre en cause le bien fondé de la construction de logements sociaux.
Il est juste question de sauvegarder quelques bribes de paysages, ultimes témoignages d’un passé révolu.
Enfin, soyons honnêtes jusqu’au bout, il est aussi ici question de valeur patrimoniale, question qui se posera ou se pose manifestement déjà pour certains riverains de la future résidence, les 4 maisons les plus proches ayant été mises en vente, notamment celle d’une membre éminente du conseil municipal, située juste en face du projet à venir. Une coïncidence, peut-être.
Définition: Un Site patrimonial remarquable (SPR) est un périmètre protégé visant à préserver et mettre en valeur le patrimoine architectural, urbain et paysager d’intérêt public.
Paysager fait donc bien partie de la définition.
L’exclusion de la rue de l’Etarché du périmètre questionne quelque peu.
C’est une jolie petite rue, admirablement peinte par Sisley (La neige à Louveciennes, 1874 visible au Musée d’Orsay).
Elle est même tellement paysagère qu’elle fait partie du « Circuit des Impressionnistes » édité par la même mairie de Louveciennes qui veut maintenant la bétonner. Curieux paradoxe ! (https://www.mairie-louveciennes.fr/download/CADRE_VIE/Louveciennes_-_Ville_impressionniste.pdf)
Il est plus que douteux qu’une trentaine ou une quarantaine de logements sociaux mette en valeur ce petit bijou resté miraculeusement intact.
Il n’est pas ici question de remettre en cause le bien fondé de la construction de logements sociaux.
Il est juste question de sauvegarder quelques bribes de paysages, ultimes témoignages d’un passé révolu.
Enfin, soyons honnêtes jusqu’au bout, il est aussi ici question de valeur patrimoniale, question qui se posera ou se pose manifestement déjà pour certains riverains de la future résidence, les 4 maisons les plus proches ayant été mises en vente, notamment celle d’un membre éminent du conseil municipal, située juste en face du projet à venir. Une coïncidence, peut-être.
Le Ministère de la Culture par un arrêté en date du 20 octobre 2025 vient d’avaliser le périmètre tel qu’il a été défini en dernier ressort par la Mairie et voté par le conseil municipal >>> https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=CGzFfDNFVFiDzyNP6gWdqV6VIs0OSt5HGx1KyTrJAYE=
Comme on a pu le lire, le commissaire-enquêteur même s’il avait émis un avis très favorable pour la création du SPR l’avait néanmoins assorti de recommandations visant à corriger le périmètre. Ces recommandations n’ont pas été retenues ni par le Maire, ni par le Ministère de la Culture. La rédaction/FK
Le Ministère de la Culture par un arrêté en date du 20 octobre 2025 a avalisé le périmètre tel qu’il a été défini par la Mairie et voté par le conseil municipal >>> https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=CGzFfDNFVFiDzyNP6gWdqV6VIs0OSt5HGx1KyTrJAYE=
Comme on a pu le constater à la lecture de l’article, le commissaire-enquêteur avait émis un avis très favorable à la création du SPR mais l’avait néanmoins assorti de recommandations visant à corriger le périmètre ; ces recommandations n’ont pas été retenues par le Maire, ni par le Ministère de la Culture. La rédaction/FK