Louveciennes peut s’enorgueillir de posséder depuis 1979 un très beau cimetière paysager à l’ombre de l’Aqueduc légué par Louis XIV. Le contraste avec l’ancien cimetière était saisissant, tout minéral, avec son gravier et ses nombreuses sépultures grises ou noires, jamais entretenues, abandonnées.
A l’image des cimetières des mondes anglo-saxon, scandinaves ou germaniques, ces cimetières paysagers, bien qu’en développement, sont encore rares sur le territoire français. Qu’on me permette un souvenir personnel. Celui de la vision sinistre des tombes de Vincent Van Gogh et de son frère, à Auvers-sur-Oise, aperçues il y a quelques années maintenant, lors d’un sombre jour d’automne, mal entretenues, appuyées sur un mur lépreux noyées dans un ensemble hétéroclite. Image déplorable mais qui est général dans notre (beau) pays car nous ne savons pas ou ne savions pas concevoir et entretenir de beaux cimetières. Certes on cite quelques beaux exemples, toujours les mêmes, le cimetière du Père Lachaise ou le cimetière marin Paul Valéry à Sète mais combien d’endroits affreux.
Comme l’écrivait avec justesse Nicolas Delporte (1) « De manière générale, les cimetières français sont des lieux accueillant la mort, et souvent peu accueillants pour le vivant. On y enterre les morts dans des sols morts car traités chimiquement pour repousser les « mauvaises herbes ». On recouvre alors ces sols de surfaces minérales pour en limiter l’entretien. On y vient aussi bien souvent déposer des fleurs coupées vouées à mourir, des potées mal entretenues, ou pire encore, des fleurs en plastique.»
Au contraire les cimetières anglo-saxons s’apparentent plus à des parcs. « Le vivant y est clairement accepté. Des arbres caducs et persistants trouvent leur place au milieu des tombes, des chemins sinueux remplacent les allées droites et rectilignes, quand les gazons fleuris sont eux préférés aux surfaces minérales. … Les cimetières deviennent ainsi des « cimetières parcs » accueillants, où les gens viennent volontiers s’y promener. »
Dans ces colonnes, nous avons suggéré, longtemps sans succès, qu’on reverdisse le cimetière ancien de Louveciennes notamment à l’occasion de la rénovation de la tombe de Mme Vigée Lebrun (2).
Il faut rendre justice à Marie-Dominique Parisot, actuel maire de Louveciennes, et à Dominique Demai, maire-adjoint, d’avoir, dès 2022, lancé un processus conduisant à une renaturation du cimetière ancien des Arches qui date de 1870. Leur objectif affiché : « par cette action, nous voulons maintenir un cimetière à l’aspect agréable et décent, à la hauteur du respect dû aux défunts et à la valeur patrimoniale et historique de ce site pour notre commune. » Plusieurs opérations ont été réalisés ou sont en cours, le programme devant s’étaler sur trois ans.
Quelques photos pour illustrer l’état des lieux avant la renaturation.

Un alignement strict des pierres tombales, des allées empierrées ; au fond, le mur de béton séparant le cimetière des ateliers municipaux installés dans la batterie des Arches depuis 1972. (3)

Des tombes à l’abri du mur de béton.
Quels sont les effets de l’opération de renaturation ? (Photos prises le 31 juillet 2025)

L’engazonnement des allées.

La décoration du mur de béton avec des plantes grimpantes (en phase de croissance…)

De nombreuses tombes restent peu entretenues, d’autres sont visiblement abandonnées. La procédure de reprise des concessions (notamment lors de leur renouvellement) ou lorsque des tombes sont abandonnées est longue en raison de l’éclatement des cellules familiales, les proches sont souvent bien éloignés de la commune.
Comme on peut le constater, la partie n’est pas encore gagnée. Il s’agit d’une oeuvre de longue haleine, plus que les trois ans initialement prévus. Ne rêvons pas. Ce n’est pas demain que ce cimetière ancien, inséré dans les réseaux trames vertes et bleues puisse devenir un réservoir de biodiversité. Mais il fallait bien commencer.
Terminons sur une note plus positive ; si le cimetière est un endroit de recueillement pour les familles, il est également un lieu de mémoire. Sont inhumés dans le cimetière ancien de Louveciennes la peintre Elisabeth Vigée Lebrun (4), Julien Cain qui fut notamment administrateur de la Bibliothèque nationale et directeur des Bibliothèques de France, le peintre polonais Léon Kamir (dont la sépulture offre un bas-relief de Henri Bouchard), le grand chef d’orchestre Charles Münch et sa nièce la pianiste Nicole Henriot-Schweitzer, Jean-Paul Palewski, membre du Comité de libération puis maire de Louveciennes (5) et bien d’autres (6).
FK
Sources
(1) Nicolas Delporte, Les cimetières dans la ville – Du cimetière minéral au cimetière végétal, 26 janvier 2018
Nicolas Delporte a publié ce travail lorsqu’il était étudiant à l’ENSP Marseille à la suite d’un séjour Erasmus en Ecosse. Dans citation, Nicolas Delporte parle du traitement chimique des herbes qui est depuis 2021 et heureusement interdit dans les cimetières.
(2) Article du 29 septembre 2015 >>> Top et flop dans notre environnement (2) : le cimetière et son mur de béton >>> https://louveciennestribune.fr/top-et-flop-dans-notre-environnement-2-le-cimetiere-et-son-mur-de-beton/
(3) Un obstacle de taille. Les ateliers municipaux constituent une véritable verrue pour un aménagement raisonné de ces espaces à l’ombre de l’Aqueduc. Les élus n’ont jamais songé à les transférer dans d’autres lieux. Il est maintenant bien tard pour le faire.
(4) La Tribune de Louveciennes a consacré près de 10 articles à Mme Vigée Lebrun. Citons celui du 3 janvier 2016 consécutif à la très belle rétrospective qui lui a été consacrée. >>> https://louveciennestribune.fr/le-grand-palais-consacre-une-belle-retrospective-a-elisabeth-louise-vigee-le-brun/
(5) Article du 7 août 2011 >>> Louveciennes dans l’histoire contemporaine (7) : Jean-Paul Palewski >>> https://louveciennestribune.fr/louveciennes-dans-lhistoire-contemporaine-7-jean-paul-palewski/
(6) Jacques et Monique Laÿ « Louveciennes Histoires et rencontres », Riveneuve Editions, 2016, voir le chapitre consacré à l’histoire des cimetières de la commune » pp 192 à 199
Sans oublier la tombe, plus récente, de Jean-Pierre Pernaut, journaliste et homme de télévision https://youtu.be/U-b20nQ4qq8?si=b8s9QjkjhR7uPqnt